M. LABORDE ET LE SENTIMENT PUBLIC
peut être opportune, démocratique ou antidémocratique, excessive ou enfermée en de justes limites; mais quelle que soit l'influence exercée par M.Laborde, qu'elle réjouisse les amis et pèse aux antagonistes1, un historien n'a qu'à constater à quel degré, d'après un grand nombre de ses concitoyens, le talent de la parole et la science du droit ont conquis à l'avocat de Foix la confiance publique.
Ce n'est point une médiocre fortune que de parvenir, ne serait-ce qu'un jour, une année, à se trouver investi de la confiance d'un département qui, sans contrat explicite, sans entente préalable, vous livre avec les intérêts généraux, l'omnipotence que nous avons signalée. Les idées, les vues, les prétentions, dans toute une contrée, sont multiples, divergentes, et si l'un des citoyens réunit, quelque temps, une sorte d'unanimité des suffrages, au point de saisir dans ses mains toute influence, s'il devient de fait le grand électeur du pays, et comme une sorte de grand pensionnaire de Hollande, il faut s'étonner que de semblables situations aient pu se produire et se soutenir quelques années.
Ces situations peuvent-elles être éternelles ? Le pouvoir doit-il s'immobiliser dans les mêmes mains? Ne verrats on pas surgir une regrettable démarcation entre les délaissés de la faveur et les Benjamins de tous les monopoles locaux et de toutes les caresses ? Les directions imposées seraient-elles les plus justes, ne prendront-elles pas, à la longue, pour des citoyens aigris ou constamment froissés, l'apparence et les dehors du favoritisme?
L'historien des Ariégeois, devant rester étranger à ces problèmes, ne revendique dans ce chapitre que la sincérité
1. Lis uns admirent les ressources d'intelligence de M. Laborde; les filtres dénoncent « les écarts de mimique déclamatoire qui lui sont familiers ». (La Démocratie de L'Aviège du 10 mai 1885).
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418 L'ARIÈGE, IV* PARTIE [suite et fin), CHAP. VI.
à l'égard des gloires et des talents des concitoyens. La théorie qui mesurerait les talents d'après la doctrine politique que l'on professe, d'après le parti auquel on appartient, est absolument fausse et inadmissible. Est-ce la politique qui va vers M. Laborde? est-ce M. Laborde qui va vers la politique? C'est sur ce point que les Ariégeois discutent. Mais nul ne concédera qu'on a ou qu'on n'a pas de talent, selon qu'on est ministériel ou de l'opposition, opportuniste ou radical.
Qu'on préfère la politique de la clarté à la politique des expédients ; qu'on discute entre la cause du radicalisme et celle des réformes progressives plus ou moins lentes l ; que les partisans de M. Laborde exaltent cet homme de valeur et proclament ouvertement leurs sympathies pour un citoyen désintéressé qui, depuis des années, a donné des garanties à tous les points de vue2 ; que l'on trouve la politique soidisant indécise et sentimentale de l'honorable M. Laborde, dangereuse au point de vue du groupement en un seul faisceau des forces démocratiques du département 3 ; qu'on recommande à M. Laborde d'exercer sa tutelle, autrement qu'en roitelet avide de satisfaire ses caprices d'un moment et ses petites rancunes personnelles ; qu'on lui veuille enlever l'apparence d'une divinité tutélaire occupée à faire et à défaire, proprio motu, dans le secret de son cabinet, nos conseillers généraux et tous nos fonctionnaires à l'élection4... ce sont là des points sur lesquels on comprend qu'on peut avoir à s'expliquer.
Puisque l'influence de M. Laborde est telle qu'elle peut décider d'un vote dans lequel se trouvent engagés de