‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 290 sur 498 · LAKANAL · texte numérisé non relu

LAKANAL

V. — Lakanal, bien qu'exalté par une sorte d'illuminisme, n'était pas un homme de sang ; on ne trouve sa signature sur aucune liste de proscription. Honnête idéologue, il rêvait le perfectionnement des conditions sociales et le bonheur de tous dans un pays libre *.

Sous le rapport de l'éloquence, il est juste de dire que Lakanal fit preuve d'un esprit lucide et méthodique, dans les différents rapports qu'il présenta à la Convention, sur les questions d'organisation d'enseignement, rapports qu'il a rassemblés lui-même et publiés pendant qu'il était encore en Amérique 2.

Ayant vécu hors de France, depuis 1816, devenu étranger à beaucoup de membres de l'Institut, Lakanal sentit le besoin d'exposer quel fut l'emploi de son activité pendant la Révolution, si difficile à traverser pour un savant3.

1. M. Pascal Duprat, faisant une tournée dans l'Ariège, donna dans ces derniers temps deux ou trois conférences sur Lakanal ; et une souscription fut provoquée pour élever une statue dans le département à ce docte conventionnel. Cette souscription souleva des contestations, et tout d'abord on discutait l'homme lui-même qui fut l'objet de cette faveur « excessive », disait-on. Un des contradicteurs s'exprimait dans un journal de l'Ariège de la manière suivante : « Pour ce qui est de Lakanal, sa mémoire, que je sache, n'a pas brillé d'un tel éclat dans nos fastes parlementaires, qu'elle puisse lui mériter l'honneur d'une statue. Je sais bien qu'on lui attribue la paternité de l'enseignement primaire. Cet acte méritoire pourrait lui concilier quelque faveur dans le public, mais n'est-il pas compromis par l'horreur d'un vote régicide, par l'apostasie d'une carrière qui, débutant par la prêtrise, se jette ensuite dans toutes les fureurs démagogiques de cette époque troublée? » (Lettre du 29 mai 1879.) — Nous n'entrerons ici dans aucune discussion, après ce que nous avons dit au premier chapitre de ce volume ; et d'ailleurs, notre époque, où la fureur de la statuomanie sévit avec intensité, n'est pas le temps de trop chicaner les élus de la statuomanie française et de s'échauffer en pure perte.

2. Exposé sommaire des travaux de Joseph Lakanal ; Paris Firmin- Didot, 1838.

3. Lakanal s'est borné à réunir ses différents travaux faits dans les commissions de la Convention; il y a joint différentes lettres de personnages illustres du temps, dans la science et dans l'État, une lettre du premier consul. Lakanal justifie sa vie pendant la Révolution. Il est iocteur es sciences et es lettres en l'Université, membre de l'ancien lycée

; 38 L'ARIEGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. VII.

Se bornant au rôle de narrateur et parlant à des hommes de poids, il n'a recours à aucun artifice d'imagination. Administrateur et organisateur, il dit les avantages des institutions qu'il propose de créer. Il se montre élégant, correct, judicieux, dans ses rapports à la Convention, lorsque, au nom du comité de l'instruction publique, il demande de conserver aux membres de l'ancienne académie des sciences leurs avantages pécuniaires1; lorsqu'il réclame le maintien des droits de propriété des auteurd'écrits en tout genre, des compositeurs de musique, des peintres, des dessinateurs2; lorsqu'il plaide pour la conservation des monuments des arts que le vandalisme détruisait jusque dans jardin des Tuileries.

Une de ses maîtresses pièces sera, nous le croyons, son discours ou exposé des motifs pour l'établissement des écoles normales. On sent ici une touche plus magistrale, l'orateur avait plus d'espace et il semble que ses ailes avaient plus d'essor 3. Le président ariégeois du comité d'instruction publique s'applaudit tout d'abord de n'être plus gêné par les tyrans : « C'est d'eux qu'il était vrai de dire qu'ils craignaient les hommes éclairés , comme les brigands et les assassins craignent les réverbères. » Enfin il peut parler d'un nouveau système d'enseignement pour répandre sur le peuple des lumières nouvelles.

« Il faut que le gouvernement ne soit plus tourmenté par des orages, que la liberté n'ait plus aucune conquête

desarls de Paris, de la Société de médecine de la Nouvelle-Orléans (1838), et président démissionnaire de l'Université de la Louisiane (États-Unis d'Amérique).

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