‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 293 sur 498 · PIERRE SOULE · texte numérisé non relu

PIERRE SOULE

Est-ce que l'honnête Lakanal pensait, en acceptant la députation, se trouver enveloppé dans un parti qui voterait si aisément les incarcérations arbitraires, la terreur, les arrêts de mort, celle de Louis XY1? Mais, « le changement violent qui se faisait dans les choses, dit Edgar Quinet, se faisait aussi dans les hommes. Aucun n'avait le pressentiment de l'homme qu'il portait en lui. Tel s'endormait clément et modéré, qui devait se réveiller inexorable et terroriste. Il y avait une température subite, extraordinaire, qui mûrissait les hommes et )es choses1. »

Maintenant, après la polémique de la fin du dix-huitième siècle, et la part qu'y prirent les orateurs ariégeois envoyés aux assemblées tumultueuses de l'époque révolutionnaire, il est temps d'entrer dans le dix-neuvième siècle, qui ne devait point exclure la verbosité féconde des députés, mais qui n'exigera point non plus de la frénésie. Bien que, pour être patriote, il n'ait plus été nécessaire de se montrer peu ému du meurtre et du brigandage2, nous allons pour un instant quitter notre Europe. L'orateur politique que nous allons étudier, et auquel nous nous bornerons pour l'éloquence politique, a l'avantage d'avoir fait connaître l'Ariège en Amérique, et de compter, dans ses titres, d'éclatants succès oratoires.

VI. — Celui de nos Ariégeois qui a le plus certainement possédé le génie de la parole, Pierre Soulé, qui devint, au milieu du dix-neuvième siècle, sénateur à Washington, eut de bonne heure la passion républicaine qui devait faire le malheur et la gloire de sa vie. Les circonstances n'ayant pas secondé l'élan premier de cet Ariégeois réservé

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