‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 295 sur 498 · IL DÉBARQUE A LA NOUVELLE-ORLEANS · texte numérisé non relu

IL DÉBARQUE A LA NOUVELLE-ORLEANS

rait ses pas. A 23 ans, transplanté en pays étranger, le premier mot d'une carrière n'était pas prononcé pour lui. Et qui eût soupçonné alors que ce fils de l'Ariège monterait si haut1?

La nécessité de parler la tangue anglaise, lorsque dans le jeune âge on n'en a pas contracté l'habitude, se présente comme une difficulté préliminaire au seuil de toutes les tentatives pour un Européen, qui veut prendre pied dans la société américaine et y faire son chemin. Cette difficulté fut franchie d'un bond, nous dirons comment. Dès 1826, Pierre Soulé se faisait recevoir au barreau de la Nouvelle- Orléans. Il ne tarda pas à s'y faire remarquer par les éminentes qualités qui devaient le rendre en peu d'années brillantavocat, légiste remarquable, homme d'État considérable, et qui lui donneront enfin l'auréole d'un grand citoyen2.

La réputation d'orateur éloquent du barreau commença pour P. Soulé dans le fameux procès du Guerrero, où c'était un tour de force vraiment prodigieux que d'oser seulement prendre la parole. Après cinq mois seulement d'étude de la langue, Soulé eut la hardiesse de plaider en anglais, et là, dit un biographe américain, « sa brûlante et chaude éloquence éclata dans toute son irradiation » . Soulé poursuivait, au nom de la vindicte publique, un équipage accusé de piraterie, le Guerrero, qui avait donné

1. Nous avons dû faire des recherches aux États-Unis, dans les journaux américains (période de 1826 à 1870) : Daily Wisconsin, Daily Delta, Messager franco-américain, le Courrier de la Louisiane, Richmond Examiner, New-York Express, le Courrier des États-Unis, Vanderburgh, New- York Herald, Abeille de la Nouvelle-Orléans , le Globe, Daily Crescent, Mississipi Freetrader, etc., etc., ainsi que dans les imprimés spéciaux et dans les notes manuscrites que nous ont confiés d'honorables habitants de la Nouvelle-Orléans. M. Frédéric Gaillardet, qui a vécu en Amérique , étant le mieux en situation pour nous renseigner, nous avons eu aussi avec lui plusieurs entretiens.

2. Le Propagateur catholique de la Nouvelle-Orléans, 2 avril 1870.

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la chasse, jusqu'à l'embouchure du Mississipi, à la goélette Elisabeth, qu'il croyait chargée d'or.

Soulé se révéla. Le procès s'était instruit à grand bruit ; un vif intérêt s'attachait à cette cause ; un étranger, apparu mystérieusement dans la ville, et qui était opposé à l'avocat ariégeois, avait compliqué et passionné l'affaire. Cet étranger entra dans l'audience avec des projets séditieux. Soulé avait déjà la parole ; il laissa habilement s'épuiser la diversion qu'amena la brusque apparition de l'étranger perturbateur, puis, continuant de parler avec sang-froid, il s'éleva peu à peu, ressaisit l'auditoire, lui communiqua son indignation et, se retournant brusquement, il tomba comme la foudre sur l'audacieux fauteur de trouble, qui semblait venir défier la justice des hommes ; il l'écrasa. Ce fut une victoire et la première.

A partir de ce procès mémorable, Pierre Soulé entra dans une voie de triomphes qui le portèrent rapidement à la richesse. Bientôt identifié au sol de la Louisiane, et complètement naturalisé par un heureux mariage et par la naissance d'un fils , dévoué aux intérêts de l'État de la Louisiane qu'il sert de sa renommée commençante, de ses lumières et de son zèle, et dont il prévoit l'avenir politique, le jeune avocat se consacre tout entier, avec une grande vigueur, aux travaux du barreau. De 1840 à 1842 viennent se placer plusieurs procès dont la date, disent les Louisianais, restera dans leurs annales judiciaires. Ainsi l'importance de Soulé grandissait et comme avocat et comme citoyen de la Nouvelle-Orléans, et, tout en favorisant la dualité qui existe dans la population par une conséquence de l'histoire, et en aidant à la fusion de la population louisianaise et de la race anglo-américaine, Soulé devait travailler à assurer la combinaison des deux éléments nationaux, sans cependant perdre de vue les moyens

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