‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 303 sur 498 · DUEL D'ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

DUEL D'ÉLOQUENCE

étaient tracées par la constitution et les lois ; il les voulait telles qu'elles avaient été reconnues par le traité d'annexion, et rejetait les prétentions mexicaines créées par le traité de Guadalupe Hidalgo.

C'est sur ce terrain que Soulé et Henri Clay se livrèrent à un combat de parole qui ne fut point sans grandeur, bien que la question de l'esclavage ne fût considérée, par ces grands orateurs qu'à des points de vue purement locaux, trop mesquins, odieux même au libéralisme de l'Europe. 11 n'en est pas moins vrai que les discours de Soulé ébranlèrent les sénateurs sudistes encore hésitants \ et produisirent une profonde impression sur ceux qui inclinaient déjà à la résistance; et il est incontestable, d'autre part, qu'en faisant abstraction de nos manières de voir de ce côté-ci de l'Atlantique sur la grande cause chrétienne de l'émancipation des esclaves, nous devons reconnaître la clairvoyance dont Pierre Soulé faisait preuve, dans l'intérêt de ses commettants. 11 voulait imposer une barrière aux empiétements du sol libre (free soil), en prévision des dangers que pourraient courir les institutions du Sud, alors qu'elles seraient entourées d'États libres. C'est pourquoi il proposait de diviser les nouveaux territoires en deux parts : l'une appartenant aux institutions du Nord, l'autre à celles du Sud, et il prolongeait jusqu'au Pacifique la ligne du compromis du Missouri.

Répétons-le, l'attitude prise par M. P. Soulé dans ces débats , et les beaux talents qu'il y déploya , furent un

1. La note des journaux de la Louisiane monta à l'enthousiasme : l'un d'eux écrivait : « Plusieurs fois M. Soulé a été interrompu parles applaudissements partis des tribunes publiques. M. Clay a jugé M. Soulé un adversaire digne de lui. M. Soulé a obtenu un des plus beaux succès de tribune dont l'histoire parlementaire des États-Unis fasse mention, et cela en soutenant une question qui n'avait pas l'assentiment de la majorité... » J

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grand événement. Les journaux du Sud, adversairepolitiques de M. Soulé, constatèrent eux-mêmes l'immense effet, de ses discours; un journal rapportait même que cette éloquente discussion de P. Soulé excita si vivement l'admiration de M. Bulwer, le ministre plénipotentiaire anglais, que celui-ci, dérogeant au flegme britannique, fut sur le point, dans Téblouissement d'une pareille parole, d'embrasser le sénateur l.

IX. — C'est qu'il y eut dans cette lutte mémorable de ces épisodes, de ces incidents, qui font sentir cruellement le regret qu'on ne puisse fixer et conserver, pour l'admiration de la postérité, l'ensemble des éléments qui font des grandes scènes parlementaires un spectacle incomparable. On a beau tenir sous ses yeux et lire les beaux passages, les harangues des Mirabeau, des Berryer, des Soulé et de tous les athlètes de la tribune , il manquera toujours à ces pages refroidies le regard, le geste de ces Titans •oratoires; il manquera toujours leur grande voix, qui portait des idées neuves et des sentiments enflammés à la nation tout entière. Comment reproduire, dans son intégralité, une circonstance émouvante de cette discussion, dans laquelle II. Clay avait cru comprendre que M. Soulé préférait la scission, la rupture de l'union américaine à un compromis où le Sud ne trouverait pas toutes les garanties désirables ? Il aurait fallu alors se trouver à Washington, dans l'enceinte parlementaire, voir le sénateur louisianais

1. Senator Soulé seems to hâve made a national réputation within one day. For grâce of manner and sounduess of argument, this speech seems to be considered a model. One of the papers says that it so delighted Mr Bulwer, the English minister, that at its close, he almost embraced the senator — a cireumstan.ee we trust that wi 11 not be construed to

mean that Mr Soulé and the South are in the pay of Great Britain

Herald and Tribune, June 4, 1850.)

TRIOMPHE DE SOULE AU SÉNAT. ii'.)

bondir de sa place et interrompre M. Clay : « Non, vous vous trompez, s'écrait-il, je n'ai jamais dit cela, jamais! Si le Sud venait à être battu sur tous les points et que le Nord triomphât, je ne songerais pas à la séparation. Le peuple n'y songe pas ' ! »

Ces quelques mots prononcés avec véhémence et avec un regard étincelant, produisirent un effet électrique ; des applaudissements éclatèrent de toutes parts, et la séance' dut être suspendue. L'Assemblée, sous le charme, ne voyait que l'orateur, et plus d'une larme vint mouiller les yeux.

Le célèbre John-C. Calhoun, le champion des doctrines du Sud était mort, et le drapeau des States rights' men^ ou défenseurs de l'autonomie des États, qu'il avait tenu d'une main si ferme, semblait tomber avec lui. Mais Soulé venait de relever ce drapeau, et l'arborait avec une nouvelle ardeur sur la brèche de la constitution assaillie par les abolitionistes du Nord2. Aussi, les coups que M. Clay croyait porter à son adversaire, ne furent pour celui-ci

1. « There was, disait un journal américain, an encounter of opinion in the Senate to-day betwen Mr Soulé and Mr Clay, who spoke as if understanding Mr Soulé as speaking of disunion as a conséquence of defeat upon thèse subjects. Mr Soulé sprang to his feet, and in a voice and attitude which startled the Senate, proclaimed « That he had nevev nttered such an opinion. Nevev! No, not if the South weve beaten at evevy point, and the Novth tviumphed complète ly y in this législative conlest; I would not then begin to think of disunion. The people do not think of it. »

« The galleries rang with applause at this electvic outburst. Mr Clay paused and sat down, and the Senate adjourned. »

2. Un article de journal écrit en anglais, sous la signature Kossuth, signalait cette séance du Parlement : « To-day we witnessed in the Senate a sublime and noble spectacle. » Kossuth dit que Soulé rappela, par son éloquence et sa forte argumentation, les plus beaux jours de Calhoun. — « You hâve heard of the bewitching éloquence of the senator from Louisiana, Mr Soulé : you hâve not been told that he combines with it a power of argument and closeness of reasoning, that might compare with that of Calhoun in his best days. »

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qu'une éclatante occasion de se relever et de grandir ' ; l'admiration populaire parvint à son comble. C'était du reste la première fois, depuis la mort de Galhoun, qu'un représentant du Sud abordait le débat de front. Il y eut un moment exceptionnel, dans cette solennelle discussion. Irrité par la position que prenait M. Soulé, surpris des arguments qu'il savait produire avec une vigueur inaccoutumée et qui le désignaient comme le nouveau chef du Sud, l'illustre et vieux Clav dit assez haut à l'un de ses voisins pour être entendu: « Ce damné de Français [this damned Frenchman) fait plus de mal à notre compromis que je ne l'aurais cru; mais je vais démolir son triomphe d'un seul mot. » Et se levant avec une indignation apparente, il lança contre le triomphateur ce mot terrible, qui était celui de désunioniste .

Mais Clay avait compté sans la loyauté de Sbulé, sans sa droiture, sa promptitude de repartie et sans l'élévation de son sens politique. Il fournissait à l'orateur ariégeois l'occasion d'être pathétique et digne à un sublime degré. Relisons cette splendide péroraison de l'un de ses discours : « Si fatales et désastreuses que puissent être les conséquences de la mesure que je combats, tant que les débats sont ouverts, mon opposition s'arrêtera dans cette enceinte. Quand la controverse dépassera ces murs et dégénérera en collision ou rupture, un sentiment profond de ce que je dois à mon pays adoptif, m'ordonnera de m'abstenir et de laisser ses destinées à ses enfants natifs et à la Providence. Tant que l'État qui m'a fait le peu que je suis ne m'imposera pas d'autres ordres et d'autres devoirs, je défendrai

1. «Notre sénateur, disait un journal de la Louisiane, s'est attaqué sans crainte à l'une des plus grandes illustrations de la tribune américaine, à Henri Clay, et il est sorti de cette lutte <jva7idi et resplendissant dans l'opinion publique. »

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