TRIOMPHE DE SOULE
l'Union. Je n'oublierai jamais ce que je lui dois, je ne nierai jamais combien sont puissants ses titres à ma gratitude.
« Je ne puis, monsieur le président, ni étouffer, ni exprimer les émotions que ce souvenir éveille dans mon cœur. Rappelez-vous seulement que vous avez devant vous un homme qui, tout jeune encore, a attiré sur lui la vengeance d'un monarque pour quelques humbles efforts tentés en faveur de la liberté dans son pays natal, et qui a été obligé de quitter patrie, famille, amis, tout ce qui est cher et sacré à un cœur humain. Il a dirigé ses pas vers cette terre, la terre des hommes libres, sanctifiée par les vertus et le patriotisme des Washington, des Franklin, des Jefferson.
« Il vint et trouva l'hospitalité de la liberté. Pauvre, il fut aidé; sans amis, il trouva des amis; ses efforts furent secondés, ses travaux couronnés de succès; et aujourd'hui récompensé, honoré bien au delà de ses mérites, l'exilé se trouve au milieu des sages de la république, il est l'associé des patriotes dans un Sénat d'égaux ! Croyez-vous que je puisse jamais arracher de mon cœur de pareilles souvenances , que mon bras puisse prendre jamais part à une lutte fratricide ? Qu'il se dessèche plutôt ! Mais permettez-moi de vous donner un dernier avis, messieurs : Justice au Sud, si vous voulez la perpétuité de l'Union. Ceux qui vous donnent des conseils contraires, ne peuvent être inspirés que par ce roi des esprits dont un poète dit que le trône était dans les abîmes des ténèbres. »
D'ailleurs, P. Soulé, dans le corps de son discours !, dans ses commentaires sur l'amendement de M. Davis, qui devaient rester, disait-on en 1850, « comme un modèle d'éloquence et comme le plaidoyer le plus habile qui ait
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été entendu en faveur des intérêts de ses commettants », n'avait-il pas pris les devants et répondu au reproche de Henry Clay? « Le Sud, dit-il, ne fait que perdre du terrain depuis la présentation du compromis du sénateur du Kentucky. Qu'est devenu l'espoir de voir donner accès sur l'océan aux territoires situés en arrière de la Sierra- Nevada? Qu'a-t-on fait de la promesse fallacieuse d'accorder à ces territoires des frontières convenables? Me qualiliera-t-on de désunioniste, parce que je refuse mon concours à un projet qui enlève au Sud le dernier espoir de redressement? Au lieu d'avancer, le Sud est forcé de reculer chaque fois qu'il veut faire un pas... »
X. — C'est dans ces jours de discussion qu'on aurait voulu voir ce grand orateur ariégeois, à la voix vibrante, sonore, et qui s'éclaircissaità mesure que la passion venait à l'échauffer '. Les témoins oculaires et les journaux américains nous disent que le geste de Soulé était sobre, mais large ; sa pose, d'une noble simplicité. De moyenne taille, un teint bruni par le soleil, un œil noir et perçant, de longs cheveux tombant sur un cou un peu court, le nez droit, mince, effilé du bout, une bouche expressive et fine d'où l'ironie partait comme un trait acéré, le faisaient ressembler étonnamment à Napoléon Ier'2. Cette ressemblance était si grande que, au dire d'un docte publiciste franco-américain, lors du début de Pierre Soulé à la tribune du Sénat de Washington, tous les auditeurs en furent
1. « M. Soulé en varie les intonations à sa guise; dans les notes basses, M. Soulé met presque autant d'harmonie et d'habileté que Va prima donna dont chacun de nous applaudissait, il y a peu de jours, le talent et le puissance. » {Journal des États-Unis, 1843.)
2. « M. Soulé porte une tète dont la ressemblance avec celle de Napoléon Ier, dans les tableaux et les bustes que nous possédons du grand homme, est frappante. » {Ibidem.)