L' Impartial du 7 septembre
4Gt L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. VII.
majestueuse ordonnance. M. Soulé n'avait pas d'autre manière de se préparer '. Là où il improvisait avec le plus de bonheur, c'était lorsqu'il surgissait un incident imprévu. Le public le savait : jamais, répétait-on, son éloquence n'est d'une beauté plus simple, plus frappante, plus profonde, que lorsqu'elle est spontanée, surprise pour ainsi dire à l'improviste, libre des lisières, des pensées et des combinaisons qui précèdent ordinairement les grands discours 2. En définitive, on doit reconnaître que Soulé, penseur et orateur, avait une de ces manières toutes personnelles, qui font l'homme original et lui donnent la puissance sur les auditoires. « Son argumentation avait quelque chose de fier et de peu vulgaire ; il suivait sa route à lui, inconnue de la foule , et du milieu de laquelle il jetait à l'assemblée de soudaines et habiles pensées qui réveillaient toutes les fibres. Il savait toujours saisir dans une question un côté que seul il avait vu ; cette qualité, il la poussait peut-être jusqu'au défaut, en négligeant des positions, en abandonnant des idées qui, parce qu'elles étaient peu originales, n'avaient pour lui aucun attrait. »
Après la discussion sur la question constitutionnelle du compromis, la haute réputation de Pierre Soulé était faite en Amérique, et définitivement. Il avait déployé une telle persistance, une telle tactique et une si grande pénétration, que les journaux du Nord le proclamèrent « le head-man de la délégation du Sud, le remplaçant de M. Calhoun ». Son éloquence était proverbiale dans tous les États de l'Union. Mais il venait de se révéler sous un jour plus nouveau. A l'éloquence qui fait accepter,
1. Alfred Mercier, Essai biographique tracé du vivant de P. Soulé.