‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 307 sur 498 · SOULE, CHEF DE LA JEUNE AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

SOULE, CHEF DE LA JEUNE AMÉRIQUE

P. Soulé unissait ]e génie qui crée, qui prévoit. Désormais sa place était marquée parmi les hautes illustrations politiques des États-Unis.

XI. — Il serait trop long de donner l'analyse de toutes les harangues politiques que Pierre Soulé prononça dans sa carrière parlementaire. Mais il en est une qui fit spécialement du bruit en Amérique, à l'époque où fut discutée la politique étrangère des États-Unis. Le Hongrois Kossuth était venu attaquer, en Amérique même, le système d'abstention gardé par le cabinet de Washington, en 1793, dans le grand conflit engagé entre la France républicaine et l'Europe monarchique. Soulé prit la parole dans cet important débat dont il lui était impossible de se désintéresser, et ce ne fut point d'une manière superficielle ; il y apporta un discours réfléchi, plein d'aperçus diplomatiques. Les publicistes américains reconnurent ce qu'il y avait de remarquable soit dans sa manière d'envisager la question, d'interpréter la doctrine de Monroë, soit dans les autres discours qu'il fit à ce sujet au Sénat, pour expliquer ses opinions.

On entendit encore Soulé dans la plupart des discussions soulevées par les affaires étrangères, telles que celle de l'extension que l'Angleterre voulait donner à sa colonie de Honduras, celle de la lutte sourde existant entre l'Espagne et la jeune Amérique qui convoitait l'île de Cuba. Pierre Soulé avait acquis une telle autorité comme homme d'État, que son opinion, une fois exprimée à la tribune américaine, pesait d'un grand poids dans la balance et dans les décisions de l'auguste assemblée des sénateurs. Si bien que la jeune Amérique avait fini par reconnaître dans Soulé son chef véritable, à l'époque où l'orateur louisianais fit subir un échec à l'ambition VI- 30

ifWi L'ARIEGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. VII.

anglaise dans l'affaire du Honduras. L'Angleterre, en effet, rêvait d'agrandir sa colonie de Honduras, en y annexant plusieurs îles voisines de la côte, lorsque Pierre Soulé, se mettant à la tête de quelques autres sénateurs, fit entendre de véhémentes protestations à Washington, en invoquant la doctrine de Monroë, contre les successeurs de Canning. Ces protestations arrêtèrent l'Angleterre.

Pierre Soulé devint surtout le chef de la jeune Amérique après le discours qu'il avait prononcé, le 24 janvier 1853, sur les tentatives d'invasion de l'île de Cuba par Lopez.

Ce qui est certain, c'est que l'ascendant oratoire et politique que Pierre Soulé avait acquis dans la période de 1848 à 1855 avait pris de telles proportions, qu'il est vrai de dire de cet éminent orateur, qu'il contribua à pousser la diplomatie américaine en dehors du système d'abstention étroite et égoïste dans lequel Washington l'avait emprisonnée. Pierre Soulé a été le point de départ de cette transformation qui nous a montré les Américains moins enclins à se désintéresser des affaires de l'Europe '.

Tel était donc cet Ariégeois qui, par son génie, sut non seulement se faire une place, et la première, dans le barreau de la Louisiane, mais qui devint aussi l'émule et régal de Henry Clay, le sénateur du Kentucky, réputé le premier orateur du Congrès. Pierre Soulé fut acclamé et fêté. Ses discours en anglais 2 , pleins de richesses littéraires et

1. N'a-t-on pas vu les États-Unis donner des encouragements aux diverses insurrections européennes, comme à celle des Cretois? N'ont-ils pas cherché à acheter un port dans l'Archipel , avec l'encouragement de la Russie?

2. Les discours de tous nos grands orateurs ont été recueillis et conservés. Nous avons ceux do Miraheau et de Barnave, du général Foy et de Benjamin Constant, de C. Jordan, do M. do Serres et de Berryer. Madame Thiors a fait pour son mari ce que madame Ledru-Ilollin a l'ait pour le sien, en publiant ses discours politiques et écrits divers. En Amérique, les discours de l'illustre Calhoun étaient puhliés en 184^. — N'aurons-

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