SODLÉ RECONNU SUCCESSEUR DE CALHOUN
à cette époque, président d'une banque, et signala son passage à la tête de cette institution en faisant construire le plus bel édifice de la Nouvelle-Orléans, la Bourse Saint- Louis.
Nous voudrions dire tout ce que fit sur ce point P. Soulé, pour rendre moins désastreux le choc inévitable des deux races. A la tête de ses concitoyens d'origine française, il disputa le terrain pied à pied aux Anglo-Américains ; et , soit comme orateur dans les meetings, soit comme membre de la Convention chargée de reviser la constitution, il retarda suffisamment l'heure de la suprématie américaine, pour donner aux plus traînards de son parti le temps de ne pas être pris au dépourvu.
Cette mission accomplie, les deux peuples se donnèrent la main, et P. Soulé se trouva naturellement l'homme le plus important du pays. On le lui prouva en lui confiant le mandat le plus honorable dont l'État pût disposer : la Louisiane le nomma son premier sénateur au Congrès des États- Unis.
C'était la première fois qu'un Français allait faire partie de ce corps auguste, composé de toutes les célébrités de la grande république du Nord. Cette circonstance, jointe à sa réputation d'éloquence qui le précédait au Sénat, attira, le jour où il fit son premier discours, un grand concours d'hommes politiques à l'assemblée de Washington. Il parla sur la question de la guerre du Mexique et se plaça, dès ce moment, au niveau des plus grands orateurs de l'Union. L'illustre Calhoun reconnut son successeur dans ce jeune collègue qui ne craignait pas de regarder les négrophiles en face et de démasquer ces spéculateurs de philanthropie, malgré leurs cris et leur nombre. Oh ! si le vieux défenseur des droits des États (Calhoun) avait pu vivre assez longtemps pour assister à la suprême lutte du Nord contre le
470 L'ARIÈGE, IV0 PARTIE (suite et fin), CHAP. VII.
Sud sur la question californienne, combien son cœur se serait épanoui à la grandeur du spectacle ! L'admission de cette immense contrée au sein de l'Union, détruisait l'équilibre politique et commercial entre les deux fractions du pays. Le Nord, abritant sa cupidité sous le drapeau de la philanthropie, affectait de s'indigner à la pensée que ces territoires de la mer Pacifique allaient devenir des États à esclaves ; le Sud, au contraire, qui se sentait très faible déjà dans les conseils du gouvernement, comprenait très bien qu'en sacrifiant la Californie aux abolitionistes, il se vouait irrévocablement à la dépendance et à la misère. La discussion de cette importante question occupa le Sénat pendant plusieurs jours ; mais ce qui l'intéressa surtout, ce fut la lutte qui s'engagea sur ce terrain entre P. Soulé et l'honorable Henri Clay. Toute la presse retentit de cette rencontre oratoire entre deux hommes dont l'un était regardé, depuis plus de trente ans, comme le premier homme d'État de son pays, et dont l'autre, devenu son égal dans cette circonstance, se plaça dès ce jour à la tête des hommes du Sud '.
Le Sénat entendit, plusieurs fois depuis, l'orateur francoaméricain ; sa parole vive et colorée alla toujours jusqu'au cœur même de l'Union. Désormais, P. Soulé n'était pas seulement l'orateur populaire de la Louisiane, il devint un des premiers citoyens de la république.
Yoilà comment, en J8o2, l'évolution et le mouvement ascensionnel de P. Soulé, dans sa renommée d'homme éloquent et d'homme politique, étaient compris et appréciés, en raison des circonstances sociales, commerciales et
1. Ceux qui, comme Prosper Barousse (Journal de Toulouse du 17 juillel 1852), étaient sympathiques au Sud, tenaienl compte des circonstances de, temps et de lieu, n'ignorant pas la prédominance des intérêts divers, dans le Nord manufacturier et dans h; Sud agricole.