‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 310 sur 498 · POINT DE DÉPART ET D'ARRIVÉE · texte numérisé non relu

POINT DE DÉPART ET D'ARRIVÉE

politiques , et au moment même de la plus riche floraison de cette luxuriante individualité. C'était avant l'explosion des luttes dernières de 1861-1865; avant les modifications profondes qu'a subies la question du Sud ; avant l'écrasante victoire du Nord, avant l'intronisation de cette nationalité nouvelle des Yankees, plus âpre, plus industrieuse et plus rusée que les autres.

XIII. — Mais nous ne devons pas négliger ce qui fait ressortir davantage les succès oratoires de notre Ariégeois en Amérique, et qui se déduit justement des caractères de roman qui s'attachent aux débuts de la carrière politique de Pierre Soulé. L'anglais n'était pas sa langue maternelle ; il ne Fapprit qu'à l'âge d'homme, et c'est pourquoi il faut admirer comment la célébrité fut conquise par ces lèvres éloquentes, malgré les difficultés naturelles d'un idiome étranger. Le roman, mais le roman grandiose, coule à pleins bords dans cette virile et singulière existence, semée de vicissitudes si étranges, et la plupart si glorieuses. Et pour ce qui est de l'élévation politique de Soulé, nous avons fait remarquer que c'est la première fois qu'en sa personne un Français était nommé sénateur des États-Unis.

Ceux qui ont voulu apprendre les langues étrangères à un âge avancé de la vie, savent devant quelle difficulté spéciale il faut se débattre, par la seule raison d'avoir laissé passer l'enfance ou l'adolescence, seule époque où l'on puisse sans effort s'assimiler les idiomes les plus rudes et les plus compliqués. P. Soulé se mit à l'anglais à vingt-six ans, et il y réussit si promptement et si complètement qu'il parvint à charmer, par ses discours en langue étrangère, l'oreille des Américains '. Il nous a été rapporté

] . Un journaliste américain, rendant compte du discours de P. Soulé dans

iT^ L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et /in), CHAP. VII.

par tics créoles de la Louisiane que, depuis quelques années, on met des fragments des harangues de Pierre Soulé entre les mains des jeunes Américains, à titre de modèles d'éloquence ou de morceaux classiques ; qu'on les étudie, qu'on les apprend, comme dans nos universités d'Europe on apprend les Oraisons funèbres de Bossuet ou les Méditations de Lamartine.

Quoi qu'il en soit, on sera frappé, comme nous l'avons été, — en lisant ces assauts d'éloquence américaine, soutenus par des lèvres ariégeoises, — du ton courtois et même respectueux de ces débats de Washington, dans un pays qui ne passe pas pour être excessif en urbanité. Quel contraste avec les scènes tumultueuses de nos Chambres françaises, à certaines heures de notre histoire ! ! Et, même en Amérique, nous trouvons que les hommes du Sud, question d'esclavage à part, obtiennent une sorte de supériorité oratoire et de dignité parlementaire sur le Nord, en ce sens que les orateurs du Nord se ressentent toujours de la rudesse saxonne dans la sphère littéraire et grammaticale ; et qu'à cet égard le Sud l'emporte sur le Nord par une plus grande aménité dans la langue parlementaire. La lecture des discours de Pierre Soulé, empreints en général d'une particulière véhémence, se distinguent spécialement par ce ton contenu, par cette politesse de forme, qui sont un signe de force, et en même temps le plus enviable prestige de la tribune dans les pays civilisés.

la fameuse discussion de 1850 sur le compromis, disait : « Il a abordé son sujet avec hardiesse et a prouvé qu'il était maître des difficultés de la langue étrangère dans laquelle il devait s'exprimer. » (Vigilant, rappelant le discours de Soulé, qui occupait huit colonnes du journal le Globe du 4 juin.)

1. Qui n'a présentes à la mémoire certaines séances de la Convention; quelques-unes sous la Restauration, à l'époque de Manuel; d'autres sous la République de 1818; d'autres dans nos derniers temps, jusqu'à ces séances où l'on échangeait le mot de Cambronne?

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