‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 311 sur 498 · IMPORTANCE A LA LOUISIANE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE A LA LOUISIANE

On imaginera tout ce qui devait se rencontrer de saisissant et de romanesque dans cette destinée. Pierre Soulé, parti des montagnes de l'Ariège, était appelé à une telle popularité dans la Louisiane, il devait acquérir au Sénat, en résistant seul victorieusement aux plus grands orateurs du Nord, une importance telle, qu'il se trouva, par la force des choses, le champion naturel du Sud, le successeur obligé de M. Calhoun ! Chose étrange! cet Ariégeois devait prendre une part considérable aux graves questions qui ont agité les. États -Unis de 1830 à 1860, période qui marque une transition entre l'Amérique de Washington et la nouvelle Amérique, fort différente de la première. Il était réservé à un de nos montagnards de génie de s'interposer un jour entre les Yankees envahisseurs et les funestes obstinations des hommes du Sud, dans leurs exigences à l'égard des États libres.

XIV. — Tel était le caractère héroïque et singulier de cette destinée, que plus d'une fois les Américains, en voyant la haute portée de l'homme d'État ariégeois, se posèrent, à son sujet, la question de possibilité, pour sa nomination à la présidence des États-Unis. Les journaux faisaient observer, à cet égard, que si la constitution des États-Unis exige que le président soit Américain de naissance, elle se tait sur les qualifications ou conditions requises pour le vice-président. Écoutons un journal de New- York, appréciant les hommes les plus remarquables qui avaient figuré à la Convention nationale démocratique de Baltimore (vers 1847) : « Parmi les champions les plus énergiques et les plus remarqués de cette lutte passionnée, nous retrouvons le nom d'un homme qui se fait chaque jour une place plus large dans les fastes oratoires de l'Union , M. Pierre Soulé. Quoique l'animosité de la lutte ne laissât guère de temps

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ni d'espace aux effets de tribune , quoiqu'il s'agît d'une bataille et non d'un assaut d'éloquence, M. Soulé a su produire un effet d'autant plus profond que la circonstance s'y prétait moins.

« Pour beaucoup de ceux qui se trouvaient là, lisonsnous dans une correspondance, il semblait que cette voix puissante et cette argumentation nerveuse, sous une forme pleine de grâce et d'habileté, fût toute une révélation. J'ai entendu, à plusieurs reprises, exprimer autour de moi le regret que M. Soulé ne fût pas éligible aux grandes fonctions constitutionnelles ; l'eût-il été, sa nomination comme vice-président était certaine; il a même été un moment question, parmi les délégués de l'Illinois, de faire figurer son nom au premier tour de scrutin, quitte à le retirer ensuite, pour rendre hommage à ce magnifique talent. »

Surtout, si l'on considère les développements de la destinée de Pierre Soulé par le côté intime, on est surpris de la trouver remplie de contrastes et de heurts étonnants ; on dirait une de ces créations de Walter Scott, d'Edgar Poë ou de Ch. Dickens, tant cette vie d'homme vous jette dans le fantastique.

Les débuts de jeunesse de P. Soulé ne ressemblèrent pas aux débuts ordinaires ; il y eut du bruit , des heures pénibles et sombres ; mais il y eut aussi des éclairs glorieux. Il fit ses premières études à Toulouse I et à Bordeaux; mais on n'est pas jeune, on n'a pas seize ans pour rien. Lorsque l'intelligence et la sensibilité sont précoces, ne peut-on pas être mordu parles idées politiques, surtout si l'on est méridional et fils des montagnes ? Oui donc, à vingt ans, n'a été républicain, même sous la monarchie, sauf, à quarante ans, à ratifier le premier acte

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