NOTÉE AVOCAT ADMIS A BARD'STOWN
avait tout plein de charité dans cette inscription ; elle me rendit un peu de courage.
« La cloche annonça la fin des cantiques, et douze dominicains, en habits blancs, la tète à demi-rasée, sortirent de la chapelle. L'un d'eux m'aperçut et vint à moi ; c'était le supérieur. Je pus à peine lui dire deux mots, il me prit par la main et me conduisit dans une salle où était dressée une table modestement fournie, et il m'offrit à manger. Je pris un verre de lait, quelques fruits et un. morceau de pain Je fis ensuite comprendre que j'attendais qu'ils voulussent me donner un asile et de l'occupation. Us me répondirent que je trouverais l'un et l'autre parmi eux. « Nous vous « donnerons l'un, dit le supérieur, parce que c'est pour « nous un devoir et un plaisir de vous le donner, et nous « vous procurerons l'autre, parce que le travail vous aidera « a passer les longues heures de la solitude, à vous distraire « de vos malheurs. »
« Je fus aussitôt introduit ' aux autres moines qui me présentèrent tous la main et semblèrent s'intéresser vivement à ma situation. Le lendemain, j'étais plus fatigué que la veille, ils me conseillèrent du repos, et je passai toute la journée à battre les environs que je ne connaissais pas encore. Je suivis le cours du torrent. (Soulé arrive à un lac entouré d'arbres, et il se demande dans sa rêverie si le calme de ces forêts isolées n'est pas préférable à l'agitation des villes). Je me hâtai de retourner au monastère, et tous les frères s'applaudirent de me trouver plus gai plus parlant que je ne l'avais été le jour précédent. Je me faisais donc doucement aux austérités de la vie monastique, jetant parfois un regard vers ces jours d'agitation et de trouble,
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où, bien jeune, je me vis, au sein d'un immense empire, l'objet des craintes du pouvoir. Je me rappelai quelquefois le moment où, placé entre la conscience et la cupidité, entre l'infortune et toutes les prospérités d'une situation brillante, j'ai mieux aimé dire adieu au bonheur pour me vouer aux revers, que de faire au crime heureux l'hommage de la vertu persécutée. Cette pensée relevait mon courage, donnant à mon âme une sorte de sublimité qui vaut certes plus que des couronnes.
« Le bosquet des peupliers devait être pour moi un séduisant asile, où j'irais souvent reposer mon cœur des agitations pénibles qui l'auraient agité pendant le jour, et mon corps des fatigues auxquelles il se serait condamné. C'est surtout quand la conscience est tranquille, quand nul regret, nul remords ne l'agite, que la solitude a des charmes, qu'on trouve du bonheur à contempler cette voûte céleste qui, dans ces magnifiques climats, semble être constamment voilée d'un sourire de l'Éternel. Un jour, après m'être fatigué à recueillir quelques fleurs sauvages, je m'assis sur le banc qui borde le lac Génézareth. Là, l'œil fixé sur l'onde immobile, la tête languissamment penchée sur mes mains, je me livrai aux méditations les plus douces, aux pensées les plus consolantes. D'abord, je rêvai tout éveillé, puis m'endormis profondément ', etc. »
Pendant le temps que Pierre Soulé passa dans cette solitude des forêts du Kentucky, les dominicains de Bard's town ne soupçonnaient guère qu'ils abritaient sous leur tente hospitalière, celui qui devait tenir tête au sénateur de leur État, à Henri Clay, et qui serait, après 1850, l'héritier de la gloire, de la popularité et du prestige,
1. Notes que nous avons pu extraire d'une communication bienveillante laite par la famille de M. Soulé, résidant à la Nouvelle-Orléans.