‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 322 sur 498 · IMPROVISATIONS DE SOULE · texte numérisé non relu

IMPROVISATIONS DE SOULE

d'applaudissements qui l'accompagnaient, M. Soulé dit combien il était ému de l'accueil qu'on lui faisait ; puis, transportant les esprits dans cette auguste assemblée du Sénat d'où il venait, et où il s'était efforcé de bien remplir la place que ses concitoyens lui avaient ouverte parmi les plus beaux noms du pays, il résumait en quelques mots les titres et les qualités qui faisaient la gloire de chacun de ces noms. Nous citerons un passage de la réponse de P. Soulé, pour donner l'idée de la façon chaude et colorée dont l'orateur ariégeois improvisait.

Yoici un seul de ces jets d'improvisation, dans lesquels se jouait la parole de Soulé :

« Tandis que le vent du nord, qui vous apportait naguère, avec mon nom, quelques parcelles d'une gloire fugitive, n'a laissé derrière lui qu'un imperceptible murmure dont j'ai entendu le dernier soupir, l'histoire écrit déjà pour la postérité ces magnifiques triomphes dont il ne me fut donné, à moi, que d'être le témoin.

« Cependant, quand Webster, dressant son front tout radieux de génie, traduisait dans de sublimes axiomes les questions les plus ardues du droit public ;

« Quand Badger promenait l'inexorable scalpel de sa logique à travers les combinaisons les plus compliquées de la politique fédérale ;

« Quand Berrien entourait de tous les prestiges des formes académiques et couvrait d'un magnifique manteau de perles et de rubis les misères d'une cause perdue;

« Quand Corwin secouait sa phrase échevelée sur les sombres images évoquées par son imagination dramatique;

« Quand Benton lâchait les tempêtes de son âme et

laissait mugir les orages de son grand cœur, au milieu du

Sénat ébahi d'admiration et de stupeur ;

vi. 32

498 i/ARIEGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. VIII.

« Quand Allen jetait dans la discussion les effroyables anathèmes de sa parole prophétique ;

« Quand, parcourant de ses lèvres brûlantes les pages où s'était inscrite son âme dans le silence et le recueillement, Cass lançait sa parole bondissante au milieu des agitations de la controverse, et tenait ses adversaires captifs sous les serres de son impitoyable dialectique ;

« Quand la pensée gigantesque de Calhoun, se révélant dans de splendides et décevantes synthèses, courbait les intelligences les plus robustes et s'emparait des convictions les plus rebelles,

« Oh ! alors, alors la fièvre me prenait aussi, et, dans mon délire, je revais de génie, de gloire, de triomphe; j'eusse voulu grandir de cent coudées, faire entendre par ma voix le nom de la Louisiane aux arrière-confins du monde, et, en la glorifiant devant l'univers assemblé, payer en un seul jour la dette de vingt ans de bienfaits. »

Mais il faut venir au rôle que la fatalité géographique de la situation imposait à P. Soulé dans la question brûlante de l'esclavage.

III. — Et tout d'abord, il ne serait point si mal à propos qu'on pourrait le croire, d'invoquer les circonstances atténuantes en faveur d'un esclavagiste mitigé, en montrant Y universalité de l'inconséquence qui atteint, sans qu'ils s'en rendent compte, ceux de nos philanthropes américains et européens les plus ardents à réclamer toute rédemption, toute libération d'esclave, toute émancipation d'opprimé. Que de personnages de toute classe, que de républicains larmoyants, que de commerçants, d'industriels, de simples fonctionnaires, etc., sont, en toute sûreté de conscience, à" affreux despotes chez eux ! Tendres

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