‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 326 sur 498 · Le Messager franco-américain · texte numérisé non relu

Le Messager franco-américain

QUALITÉS CIVIQUES ET PRIVÉES. ,riO:>

IV. — D'abord Pierre Soulé se conduisit toujours en véritable gentleman. Son salon, à la Nouvelle- Orléans, était ouvert à toutes les notabilités politiques et littéraires, et surtout aux voyageurs et aux artistes français, qui y trouvaient l'accueil le plus empressé. Quoique naturalisé Américain pour les affaires de sa profession, il était resté Français de cœur, et le montra dans un conflit qui éclata en 1838, à la Nouvelle-Orléans. Une flotte française, commandée par l'amiral Baudin, bloquait alors les côtes du Mexique, avec lequel nous étions en guerre.. Ce blocus gênait fort le commerce américain, qui le violait avec audace. Cependant un de ses navires, ayant été saisi en flagrant délit, fut déclaré de bonne prise par l'amiral Baudin, qui fît diriger navire et équipage sur l'un des ports des Antilles françaises.

L'officier français chargé de commander cette prise, eut l'imprudente générosité de s'en rapporter à l'honneur de ses prisonniers, et les laissa en liberté sur parole. Ils en profitèrent pour assaillir leurs gardiens pendant leur sommeil, et les amenèrent à leur tour prisonniers à la Nouvelle-Orléans. Le consul français de cette ville, M. Charles David, réclama aussitôt, avec une énergique indignation, la mise en liberté de ses nationaux et la restitution de leur prise légitime.

. Les populations française et américaine de la ville se divisèrent en deux camps fort animés l'un contre l'autre, et elles en seraient peut-être venues aux mains sans l'intervention de Pierre Soulé, qui fit comprendre aux Américains et aux Français qu'un pareil incident ne devait relever que de la justice. Et justice fut en effet rendue, au moins moralement par le cabinet de Washington, aux protestations de notre gouvernement.

Mais il n'est peut-être point un critérium qui permette de

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mesurer le mérite et la valeur d'un homme, autant que relui de la popularité morale et de l'usage que l'on en fait. Revenons à la crise de d 838, qui emporta la fortune de Soulé tant de fois faite et défaite ', En même temps qu'une scène des mœurs publiques de l'Amérique, on y voit la haute considération dont P. Soulé était entouré.

Les banques venaient de suspendre leurs payements en espèces. Leur papier était tombé dès le premier jour à 50 pour 100 au-dessous du pair et menaçait d'aller plus bas. Pauvres et riches, dit le personnage auquel nous empruntons cet épisode et qui se trouva enveloppé dans le sinistre , tous étaient atteints par cette défaillance des institutions financières dont les billets formaient la seule circulation monétaire de l'État. Aussi cette sorte de banqueroute occasionna-t-elle une formidable insurrection. On ne parlait rien moins que de se porter sur les banques pour les brûler. Mais, comme dans cette république, le peuple, même en révolte, n'agit jamais qu'après avoir délibéré, la ville entière se réunit à la Course et dans les rues adjacentes, et forma spontanément le meeting le plus menaçant que l'on eut jamais vu à la Louisiane. Le bureau fut formé avec assez de calme. Puis l'assemblée, tout d'une voix, appela Soulé à la tribune.

M. Soulé était malade en ce moment. Son médecin lui avait appliqué, une heure avant, des sangsues à la nuque. Une députation, envoyée à son domicile, vint en confirmer la nouvelle.

Le peuple n'en tint aucun compte et exigea que son orateur vînt à son secours dans cette occasion suprême. De

1. M. Soulé gagna des sommes immenses par sa profession et son lalent : « Je ne me souviens pas combien de fois il a été riche, disait un Français habitant L'Amérique; je sais seulement qu'il sera millionnaire toutes les fois qu'il le voudra. »

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