‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 331 sur 498 · PREJUGES. — RECTIFICATIONS · texte numérisé non relu

PREJUGES. — RECTIFICATIONS

plus stricts des droits des nations » ; et la seconde « qu'il était opposé à tout projet d'achat de cette île, et que cette idée devait être abandonnée ». Elle lui paraissait inadmissible en fait et en droit : en fait, parce qu'elle blesserait également la susceptibilité nationale des Espagnols, qui n'étaient pas hommes à se laisser acheter, et celle des Cubains qui n'étaient pas hommes à se laisser vendre ; en droit, parce que l'achat serait contraire aux principes fondamentaux de l'Union américaine qui a été établie, par ses auteurs, comme une association volontaire d'États indépendants. Soulé était donc d'avis qu'on laissât la colonie cubaine se séparer elle-même de la métropole par la force des choses et du temps, comme un fruit mûr se détache de l'arbre, et qu'ensuite on la reçût dans l'Union américaine, si elle demandait à y entrer. « Mais, ajouta-t-il, l'indépendance de File serait tout aussi désirable pour nous que son annexion à notre confédération. Je suis de ceux qui ne déguisent rien ; la vérité n'est pas seulement une vertu, elle est la sagesse. »

VI. — Pourquoi donc, en Europe, une certaine portion de la presse se tourna-t-elle contre l'ambassadeur américain à Madrid? Car, on vient de le voir, il avait déclaré ses vues sur la question cubaine, vues qui étaient éloignées de toute perfide annexion, et un homme qui parlait avec cette netteté avait « droit d'être cru», disait le Messager francoaméricain du 6 mai. Il est vrai qu'il y a en Europe des nations jalouses de l'Amérique, et, en diplomatie, des gens ombrageux qui veulent toujours voir des dessous de cartes, même où il n'y en a pas !.

1. Ne voit-on pas les recueils spéciaux, les dictionnaires biographiques eux-mêmes, présenter les faits, faute de renseignements suffisants, sous des couleurs et avec des nuances, souvent peu conformes à la réalité? — vi. 33

514 L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. VIII.

Quoi qu'il en soit, Soulé n'avait donc accepté d'autre mission que celle de chercher à hâter l'heure de l'émancipation de l'île de Cuba, par l'entente des Cubains et des Espagnols. On peut estimer que c'était là une tentative chimérique sans doute; Soulé lui-même s'en aperçut bientôt. Aussi, devant l'inébranlable résistance du ministre Calderon de la Barca, il dut se borner h exiger impérieusement des Espagnols le redressement de certains griefs maritimes, dont les Etats-Unis croyaient avoir à se plaindre.

Nous placerons ici une rectification pour l'époque où M. Chester Arthur, président des États-Unis, comptait dans M. Blaine, l'ancien ministre des affaires étrangères sous le général Grant, un adversaire déclaré. Au nombre des moyens d'opposition employés par M. Blaine , figurait la divulgation des plans politiques du parti Grant, et c'est dans cette divulgation qu'était impliqué notre Ariégeois. Nous laissons parler un journal de Paris : « Il s'agissait, disait il y a quelques années le journal la Patrie, il s'agissait, dans l'esprit de celui des ministres des affaires étrangères américains qui , dans l'époque contemporaine , est resté le plus longtemps au pouvoir, de préparer des voies à l'accomplissement de la destinée manifeste de la république des États-Unis. Or, cette « destinée manifeste », toujours d'après M. Blaine, c'est d'abord de conquérir et

Le Dictionnaire Vapereau,\>av exemple, n'était pas dans la vérité, lorsqu'il donnait sur Pierre Soulé (édition de 1858) la note suivante : « Nommé ambassadeur à Madrid, Soulé y débuta par un duel avec l'ambassadeur de Fiance, M. Turgot, qu'il blessa grièvement. Puis il se mêla activement à la révolution espagnole, et favorisa par tous les moyens l'émeute démocratique du 28 août 1854. 11 outrepassa les instructions de son gouvernemenl qui, au lieu d'un ultimatum à l'adresse de l'Espagne, lui envoya à Lui-même un formel désaveu. Le gouvernement français lui refusa tin passeport, pour se rendre à la conférence qui eut lieu à Ostende entre lei ambassadeurs américains en Europe. Amené par lc> résultats de cette conférence à donner sa démission, il fut remplacé par M. Dodge (juin 1855). »

Page 1