‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 338 sur 498 · SOULE QUAND LA NOUVELLE-ORLÉANS CAPITULE · texte numérisé non relu

SOULE QUAND LA NOUVELLE-ORLÉANS CAPITULE

nistrer durant votre occupation de la ville, et surtout sensible à tout ce qui pourrait atteindre du plus loin son honneur et sa dignité. Pour Dieu ! ne le laissez pas insulter par la présence de ces odieux misérables, lâches déserteurs de la grande lutte que nous soutenons, ni par celle d'hommes qui pourraient lui rappeler d'une façon trop poignante que vous êtes les vainqueurs et que nous sommes les vaincus.

L'ordre et la tranquillité peuvent être maintenus, sans recourir à des mesures qui ne pourraient que blesser ses susceptibilités, et mettraient en feu ses passions.

Les engagements que je prendrai en son nom, seront religieusement exécutés.

Vous pouvez vous fier à son honneur, mais non compter sur sa soumission à un traitement indigne de lui *.

Seconde lettre écrite par Soulé :

Monsieur, c'est à votre message de ce matin que je dois la première intimation, que c'est sous l'empire d'ordres péremptoires donnés par vous que quelques officiers envoyés à terre, pour parlementer avec les autorités de la ville, ont essayé de hisser au sommet de quelques édifices publics le pavillon des États-Unis. Ceux qui sont venus auprès de moi en votre nom, n'ont ni révélé l'existence de pareils ordres, ni laissé soupçonner que lel pût être votre dessein ; et je n'eusse jamais conçu le soupçon le plus éloigné qu'ils avaient pu être commis à une pareille mission, lorsque les négociations entre vous et les autorités municipales étaient encore pendantes. Aussi longtemps que ces négociations n'étaient point closes, la présence de toute force sous vos ordres ne pouvait être qu'une violation inqualifiable des égards, sinon des droits imprescriptibles, qui appartiennent aux belligérants dans de pareilles conditions. Je n'ai rien à modifier dans mon appréciation d'une pareille conduite. Vous renouvelez maintenant la demande contenue dans votre premier message, et vous insistez sur son exécution péremptoire, avec menace de bombarder la cité dans quarante-huit heures. Vous me notifiez d'avoir à éloigner de la ville les femmes et les enfants, pour les mettre à l'abri de vos boulets.

Vous ne pouvez point ignorer, monsieur, qu'il n'y a point ici d'issue possible, pour une population dont le nombre dépasse encore cent quarante mille âmes, et vous n'avez pu vous méprendre sur l'inanité d'une pareille sommation.

Nos femmes et nos enfants ne peuvent échapper à vos bombes, s'il vous plaît de les égorger pour une question d'étiquette. Mais s'ils le pouvaient, il en est peu qui voulussent consentir à déserter leurs familles, leurs foyers et les tombes des leurs dans le moment suprême. Ils verraient sans fléchir vos bombes broyer les cercueils de ceux qui leur furent chers autrefois, et ne croiraient pas mourir sans quelque gloire, sur les tombes élevées par leur piété à la mémoire de ceux qui ne sont plus.

11 ne vous suffit point de prendre possession d'une ville dénuée de tout, incapable d'opposer la moindre résistance à vos canons, parce qu'elle conserve dans sa détresse une digne fierté, vous voulez nous humilier et nous

1. Extrait de la Renaissance louisiancise, qui publiait, en 1870, cette lettre sous la rabrique Pierre Soulé et l'histoire.

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salir, en nous imposant l'accomplissement d'un acte que répudie notre nature. Cette salisfaclios, vous ne l'aurez jamais. Bien que sans armes et sans défense, nous subirons vos bombes et vos boulets, et le monde civilisé vouera à un éternel pilori de bonté le cœur qui osera concevoir et la main qui accomplira un pareil acte'.

IX. — Nous touchons enfin au dénouement de cette grande destinée, à la mélancolie de ce soleil couchant.

Nous laisserons parler un historien qui a bien résumé les dernières, douloureuses et belles années de P. Soulé, et nous n'aurons dans son récit qu'une assertion à rectifier. « Ce regrettable conflit (le duel à Madrid, avec le duc d'Albe et avec le marquis de Turgot) rendit difficile à la cour de Madrid la présence de Pierre Soulé, qui, d'autre part, ne trouvant pas chez le général Marcy le vigoureux appui qui lui avait été promis, demanda son rappel, et, pour attester sa constante fermeté aux yeux de la jeune Amérique, publia sa correspondance diplomatique avec le cabinet de Washington. Elle lui fit honneur; mais il n'avait pas réussi, et pour les partis politiques le succès est tout.

« N'ayant plus son siège au Sénat, où il avait dû être remplacé, Pierre Soulé rentra dans une obscurité relative jusqu'au jour où éclata la guerre de la sécession. Fidèle à la ligne de conduite qu'il s'était tracée, en repoussant l'épithète de désunioniste que lui avait jetée Henri Clay, descendu depuis lors dans la tombe, il chercha tant qu'il le put à maintenir la Louisiane sur le terrain de l'union. Sa popularité en fut compromise ; mais, s'il avait cru devoir retenir ses compatriotes tant que deux ou trois États seulement avaient proclamé leur séparation, il ne crut plus avoir le

1. La Renaissance louisianaise. — La menace ne fut pas mise à exécution. Le 1er mai, Farragul envoya ses propres forces abattre le drapeau d'Etat de la Louisiane qui flottait sur L'hôtel de ville. La multitude frémissante vit, en silence, le drapeau étoile des États-Unis hissé à sa place.

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