DERNIERS JOURS DE SOULE
droit de lutter contre l'entraînement général, quand neuf États formèrent une confédération nouvelle. La révolte se transformait en révolution.
« Lorsque les péripéties de cette lutte gigantesque, mais inégale, entre quatre millions d'hommes d'un côté et, trente de l'autre, amenèrent les flottes et les armées du Nord devant la Nouvelle-Orléans, et que la soumission fut devenue inévitable, Soulé reçut des autorités le mandat d'aller traiter de la capitulation. Il accepta cette pénible mission et la remplit avec autant de dignité que de patriotisme. Mais l'amertume dont son âme était remplie déborda dans la proclamation qu'il fut pareillement chargé de rédiger pour recommander aux Orléanais la résignation aux décrets du destin. Le vaincu s'y redressait une dernière fois pour jeter à la face des vainqueurs les reproches les plus sanglants sur l'impitoyable rigueur de la répression. »
L'historien passe ensuite à l'emprisonnement de P. Soulé au fort Lafayette ; laissons-le raconter cet épisode, sauf à rectifier les causes qu'il assigne à cet emprisonnement, qui ne seraient point tout à fait véritables, d'après des informations sûres qui nous sont parvenues.
« Le général Butler, dit notre éloquent biographe, était particulièrement atteint par cette malédiction des mourants, il ne le pardonna pas à Soulé, et voulut humilier son orgueil en l'astreignant à je ne sais quel serment que celui-ci refusa. Alors le général Butler le fit arrêter et conduire au fort Lafayette, dans la baie de New-York. Mais le président Lincoln, plus équitable et tenant compte à l'ancien sénateur de l'esprit de modération dont il avait fait preuve dans le mouvement insurrectionnel de la Louisiane, lui rendit la liberté, à la condition de s'éloigner des États-Unis jusqu'à nouvel ordre. »
Telles ne paraissent pas avoir été les causes historiques
526 I.'ARIÈGE, IVe PARTIE [mite et fin), CHAP. VIII.
de l'emprisonnement de Soulé au fort Lafayette ; il n'a jamais rien refusé, paraît-il, au général Butler, par l'excellente raison que ce dernier n'aurait jamais osé lui rien demander, si l'on s'en rapporte aux assertions des habitants de la Nouvelle-Orléans, qui semblent très bien informés. Mais Butler, malgré sa ilotte et ses canons, sentant qu'il ne serait pas en sûreté au milieu d'une population que M. Soulé commandait du regard, et, de concert avec Stanton, ministre de la guerre à Washington, se décida à envoyer le sénateur de la Louisiane prisonnier au fort déjà indiqué, où il subit pendant huit mois la captivité la plus pénible. Ajoutons que le président Lincoln n'eut non plus rien à faire dans l'élargissement de P. Soulé. La vérité serait que la grande influence exercée par les nombreux amis de l'illustre captif sur les officiers du fort, amena ces derniers à consentir à l'échanger régulièrement. Et, lorsque la liste des prisonniers échangés arriva à Washington , Stanton envoya des ordres rigoureux pour que M. Soulé fût retenu. Mais il était trop tard ; ses amis l'avaient déjà fait partir pour Nassau, et le steamer envoyé à sa poursuite ne put l'atteindre.
Soulé se réfugia à la Havane ; et comme ce n'était point un homme qui pût rester inactif, il forma, avec une société de capitalistes et d'armateurs, le projet d'affermer toutes les douanes maritimes du Nouveau-Mexique. Ce fut dans ce but qu'il fit divers voyages à Mexico, et non dans celui d'y organiser, comme cela fut dit, une vaste émigration de planteurs des États du Sud '.Onne sait pourquoi on le crut chargé d'une mission au Mexique, qui devait être utile à la jeune confédération en lutte. Ce qui empêche de donner
1. Ce dernier projet était l'œuvre d'un M. (iwin ; mais ni l'un ni l'autre de ces plans ne put aboutir avec les indécisions de l'infortuné empereur Maximilien.