‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 347 sur 498 · V. Quérard · texte numérisé non relu

V. Quérard

*. A ce titre, il revendiqua, comme tous les rédacteurs en chef de journaux, l'entrée aux théâtres de Paris.

'.]. Plus d'un vaudevilliste, dit-on, plus d'un parolier d'opérette, donne un coup de ciseaux à la vieille Gazette des tribunaux, et trouve de suite une situation gaie, un mot piquant pour la pièce prochaine.

1. J.-P. Pages naquit à Seix, près Saint-Girons, le 9 septembre 1781. Raymond Pages, capitoulen 1489, quitta Toulouse pour Seix, d'où les siens pouvaient être sortis, et s'y établit en 1497. Un autre, Antoine Pages, était capitoul en 1095. Cette famille, qui appartenait à la bourgeoisie campagnarde, a eu des membres dans l'armée, dans le clergé, dans la noblesse, dans la magistrature, dans les professions libérales, dans le négoce et chez les artisans.

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J.-P. PAGES DE L'ARIÊGE. ,S};{

résulté un journaliste consommé, un publiciste que l'Ariège peut opposer aux plus grands. Il y a des journalistes qui deviennent tout : conseillers du gouvernement, portés au pouvoir, au timon des affaires, ambassadeurs, ministres dirigeants, tels que Girardin, Guizot, Thiers, Chateaubriand, La Guéronnière, Louis Blanc. Il n'en fut pas tout à fait ainsi de J.-P. Pages. Entrant dans la vie politique, en 1817, par une sorte de vocation, il prit au sérieux la fonction qu'exerce le journal1, ce puissant levier, et ne voulut jamais être ministre, afin d'être tout entier à la .presse ; car il se déroba, dit-on, un jour à une combinaison qui devait lui conférer un portefeuille. L'histoire doit faire connaître cette figure d'honnête homme, cet homme de cœur, de talent, de parole et de plume, qui a servi son pays, en donnant « de bons et salutaires conseils à la France, et à ceux qui de son temps la dirigèrent 2 ».

On doit donc marquer, dès les premières années de J.-P. Pages de l'Ariège , les impressions et les signes qui peuvent expliquer cette nature et prédire cette destinée. Lorsqu'il était encore enfant, adolescent, étudiant, on pouvait distinguer déjà ce qu'il y aurait dans ce tempérament, dans ce caractère, nous voulons dire les exigences d'un janséniste mêlées à une forte ténacité, à une volonté de fer. On a aussi la clef de cette carrière de journaliste, et de ses éternelles revendications dans les académies, au parquet, au journal, à la tribune, ou dans les infinies conversations de la vie intime et journalière. Tout cela explique, soit la teneur des articles de presse de Pages de l'Ariège, pendant la Restauration, soit ses discours de tribune et ses san-

1. Type dos caractères désintéressés et indépendants, on a unanimement Ut de ui « qu il sortit toujours du journalisme ou de la Chambre le cœur >ur et les mains nettes », «qu'il préférait l'honneur aux honneurs, et s;, 'liçrmté a la fortune ».

•^ Jugement de Ch. de Remusah

:-i44 L'ARIEGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. IX.

glantes tirades de journal sous le règne de Louis-Philippe, période de dix-huit années d'un long duel à mort entre Pages de l'Ariège et l'illustre Guizot.

Placé jeune près d'un oncle qui était chef de paroisse, à Portet, près de Toulouse â, ses oreilles entendirent, de 1791 à 1800, cet ecclésiastique qui remplissait correctement ses devoirs de pasteur, mais dont le langage censurait volontiers les abus qui se peuvent mêler en toutes choses, même dans la manière d'entendre et de pratiquer le cuite 2. On sait en quoi consistait l'esprit janséniste : il portait l'homme à toujours gronder du fond d'une solitude austère contre ce qui se fait ou se dit, et, par lui, l'on préférait l'abstention envers les choses saintes à leur usage familier, qui peut conduire à l'inutilité et peut-être à la profanation. A dix-sept ou dix-huit ans, Pages de l'Ariège avait l'ambition des lettres3, faisait des vers 4, commençait sa vie de lutte dans les Satires toulousaines5 ; et déjà l'on

1. M. Gatien Arnoult raconte que J.-P. Pages fut envoyé, en 1791, auprès d'un oncle paternel, qui était curé constitutionnel à Portet, près Toulouse; que ce prêtre, tout à la fois, tenait du janséniste, blâmant certaines pratiques de l'Église, et du voltairien, par sa facilité à critiquer ce qui, dans le catholicisme, ne rentrait pas dans son goût personnel; en un mot que la révolution bouillonnait au fond de son âme.

J.-P. Pages rentra à Foix avec son oncle, pendant la Terreur. Devenu jeune homme, il fit ses études à l'école centrale, à Toulouse, puis étudia le droit et fut reçu avocat en 1804, au barreau de cette ville.

2. On devine quelle influence un parent, un ecclésiastique peut exercer sur les idées ; L'on ne réagit pas toujours contre les impressions d'enfance.

3. Tout jeune, les triomphes littéraires lui faisaient battre le cœur. Combats de poésie, d'éloquence, étaient son élément, il rêvait de gloire littéraire.

4. J.-P. Pages fit dès la première époque de sa vie, des vers, des poésies fugitives, rondeaux, ballades, odes, madrigaux, tragédies, quatrains. On assure que, malgré cela, sa vocation n'était pas pour les muses. Pages fit même un roman, Pierre et Jeannette, qu'il a laissé inédit et inachevé, roman à la façon de la Nouvelle Heloise. De longues années après, en 1847, Pages fut nommé mainteneur des Jeux Floraux.

5. En 1803, 1801, etc., il y eut une espèce de guerre des safàes toulousaines. 0\\ luttait sous le voile de l'anonyï n prose et envers. Quelque-

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