CARACTERE DE PAGES
remarquait dans ses appréciations naissantes des hommes et des institutions, l'esprit austère, inquiet et janséniste qui le rendra plus tard mécontent de tout. Il sera ainsi, « par l'esprit non moins que par le sang, le neveu de son oncle '. » Ainsi, dans les relations multiples de la vie, Pages se mettra en communion courtoise, amicale même, d'idées, de vues avec ses interlocuteurs; toutefois, quand on croira le tenir, il aura toujours un mais pour s'échapper; nulle doctrine, nulle situation n'aura le don de lui plaire entièrement. Cette intelligence rappellera un peu les caractères moroses qui ont besoin d'improuver pour improuver : esprit jamais satisfait, l'enfant de Seix, dès le jeune âge, avait pris le pli de tout comparer à un type, à un idéal peut-être trop élevé. On ne dira pas de Pages qu'il avait de la duplicité; mais on s'apercevra que, comme les avocats au barreau, il faisait toujours « ses réserves. » Néanmoins peut-être, sur ce chapitre, n'admettrions-nous pas totalement la physiologie émanée du philosophe méridional qui , dans une étude équitable , fouillée et bienveillante, a voulu serrer de près la nature de Pages. Il y a des êtres qui ne se livrent jamais tout entiers aux idées et aux doctrines débattues, parce que rien, selon eux, n'en vaut la peine ; et d'autre part, par sociabilité et conciliation, ils vont jusqu'où ils peuvent, dans l'entente relative et provisoire avec leurs semblables. Ce n'est point duplicité ou hypocrisie, mais plutôt mystérieuse mélancolie, qui empêche d'être jamais satisfait, quoi qu'on fasse.