‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 35 sur 498 · LU AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

LU AVANT-PROPOS

publique; car nous nous efforçons, dans pi us de soixante pages du premier chapitre de ce volume, de recueillir les moindres miettes de sa gloire. Si les modernes ignoraient, par hasard, tout ce qu'osa faire notre valeureux Lakanal, dans les temps difficiles de la Convention, pour la conservation des lumières, pour l'encouragement à donner à la science et aux savants français, une publication récente de la correspondance de Lavoisier pourrait les tirer de cette ignorance ingrate. Sans doute, il résulte de cette correspondance que, durant vingt mois, Lavoisier fut l'âme de l'ancienne Académie des sciences; que pour la sauver, pour sauver les sciences dont le développement lui paraissait intimement lié au sort de l'Académie, il déploya toutes les ressources de son activité prodigieuse; que, sans faiblesse, il lutta jusqu'à la dernière heure, dans un moment où, malgré son courage, il eût été peut-être plus sage de se faire oublier. Toutefois nom de Lakanal brille aussi d'un vif éclat dans cette correspondance.

L'année 1793 s'ouvrait d'une manière menaçante pour l'Académie des sciences, qui s'efforçait de réaliser l'établissement du système uniforme des poids et mesures. L'ombrageuse Convention lui avait interdit depuis peu, par un décret, de procéder jusqu'à nouvel ordre, à des nominations à des places vacantes. Mais laissons raconter la suite des faits par l'apologiste de Lavoisier.

Pendant cette année 1793, Lavoisier, s'élevant à la hauteur du péril, déploie le plus infatigable dévouement; lui seul il

AVANT-PROPOS. Lin

fait vivre encore l'Académie; il semble que ses prodigieux efforts vont la sauver du naufrage.

Tout paraît s'écrouler autour de lui; Louis XVI, qui, Tan passé, lui offrait un ministère, vient de mourir sur l'échafaud; la société riche, élégante, curieuse des choses de l'esprit, qui accueillit ses travaux, a disparu dans la tempête; dans ce désastre du passé, il reste le gardien vigilant des intérêts supérieurs de la science ; il n'entend pas qu'elle disparaisse de ce sol de France où elle a acquis un développement si magnifique.

Aucune des recherches commencées ne doit être interrompue; 'il songe à tout, il veille à tout. Vicq d'Azyr reçoit 8,400 livres pour la continuation de son traité sur l'analomie humaine et comparée; Jeaurat, 300 livres pour les calculs des nouvelles tables de la lune; Berthollet, les cent louis qu'il a demandés pour ses travaux de chimie appliquée aux arts; Fourcroy et Sage obtiennent également l'argent qui leur est nécessaire pour continuer leurs expériences. La question des traitements des académiciens est encore l'objet d'une correspondance considérable ; les fonds ne sont pas ordonnancés; en vain Lavoisier s'adresse à Garât, ministre de l'intérieur, aux administrateurs du directoire du département de Paris, aux commissaires de la trésorerie, ses réclamations restent sans réponse; de plus, les receveurs de rentes, qui doivent verser les rentes constituées par des particuliers en faveur de l'Académie, refusent le payement, en invoquant les décrets qui ont supprimé les corporations ; ils exigent une nouvelle décision de la Convention.

Devant cette fin de non-recevoir, Lavoisier essaye d'intéresser les académiciens qui siègent sur les bancs de la Con venlion, notamment Arbogast, le géomètre, auquel il écrit :

« Les puissances étrangères ne demanderoient pas mieux que de proffiler de la circonstance pour transplanter ches elles les sciences et les arts, mais on peut dire à l'avantage des sçavans françois que leur attachement à leur patrie a été inébranlable et qu'il n'en est aucuns qui ne soit disposé à repousser avec indignation toutes les propositions qui pourroient leur être faittes. »

En même temps, il demande l'appui deGuyton de Morveau,

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