PAGES NOMME DEPUTE
Coup oTœil sur l'histoire des Etats généraux, histoire qui forme le tome II des Fastes civils de la France depuis F Assemblée des notables.
Cet ouvrage, qui avait occupé le public même avant qu'il eût paru, était une sorte de philosophie de la Révolution démontrée par l'histoire. Pages y parle son langage franc, à l'emporte-pièce; c'est un de Maistre démocratique, attaché au svstème de la monarchie constitutionnelle. Ce n'était pas assez : Pages se multipliait et suffisait à une foule de publications; il fournissait de nombreux articles hY Encyclopédie moderne de Courtin, au Code des codes de MM. Crémieux et Balson, au Dictionnaire de la conversation; il mettait une introduction au Cours de politique constitutionnelle de Benjamin Constant.
VIII. — Après les événements de 1830, J. Pages fut appelé, par «es concitoyens, dans les assemblées législatives. Nommé député1 de 1831 à 1849, sa qualité de représentant du pays ne changea rien à ses allures, à son désintéressement, à son amour de la liberté générale. Nous croyons pouvoir dire que le député n'était que le journaliste continué à la Chambre et à la tribune 2. L'action sur ses collègues de la représentation nationale ne fut qu'un moyen de donner un retentissement officiel à ses articles déplume, à ses affirmations de publiciste philosophe. Mais rien ne troubla l'unité de cette vie, de ce caractère. Jusque dans
1. Pages fut nommé député de Saint-Girons en 1831, 1834, 1837, 1839 et, en 1848, représentant à l'Assemblée constituante.
2. Notre député lisait ses discours, comme Royer-Collard et Cormenin- Bien que la lecture fasse moins d'effet que la parole, Pages n'eut rien à envier à ceux qui ont le don de l'éloquence parlée. 11 se faisait écouter par sa hauteur d'intelligence, par sa puissante logique, ses expressions nettes, précises et incisives. Qu'on revoie son discours si remarqué du 16 novembre 18îU, à propos du décret de bannissement du sol français des membres des familles des Bourbons et des Napoléons.
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sa mort, on retrouva le jeune écolier de Seix et de Portet, tel qu'il pouvait s'annoncer à neuf ans, à quatorze ans !. Il mourut comme un chrétien qui a des réminiscences jansénistes.
Toutefois, qu'on ne perde pas de vue que le point important à considérer dans Pages de l'Ariège, ce n'est ni son talent ni son éloquence pris isolément, c'est l'emploi de son talent, c'est son influence morale due à ses intègres exemples, c'est l'éclatante moralité de ses discours 2. Pour bien comprendre et apprécier cette nature de polémiste el d'orateur, on doit aller jusqu'à la racine de cette individualité et à l'intime de son caractère. À des goûts modestes, à un véritable désintéressement, à des instincts de liberté très prononcés, Pages unissait une véritable rudesse de mœurs et de tempérament. Y avait-il dans son organisation physique un état spécial qui le rendît bilieux et frondeur? Nous l'ignorons. Quelques contemporains
1. Pages mourut le 3 mai 1860, à Bannière, dans sa propriété, près
Lavaur. Dans ses dernières années, il travaillait à un grand ouvrage sur la religion, qu'il n'a pas achevé. Pages avait une foi soumise et une raison indépendante. 11 prêta à des malentendus; il poursuivait quelquefois le clergé d'une critique « qui sentait son Voltaire » et, en même temps, il harcelait à outrance les adversaires de l'Évangile et du Christ.
Très malade en 1863, il accueillit volontiers un prêtre, fit sa confession et reçut les derniers sacrements. Rétabli, il fut fidèle à remplir son devoir pascal. En 1866, la maladie revint et cette fois irrévocablement. On lui demanda, comme précédemment, s'il voulait être assisté du cure de la paroisse, il répondit que non. Ici le janséniste, l'ancien élève du curé de Portet, reparaissait. « J'ai fait mes Pâques il n'y a pas longtemps, dit-il ; l'Église n'en demande pas davantage, .l'ai foi en Dieu, j'espère en lui, je l'aime ; que sa volonté soit faite. » Il jeta ses regards avec ses pensées vers le ciel, les reporta sur son fils et il mourut.
2. Pour la biographie de J.-P. Pages, un peut consulter celle qui a été insérée au tome XV, p. 308, de la Biographie nouvelle des contemporains, par MM. Arnault, Jay, Jouy, Norvins (Paris, 1824; librairie historique, hôtel d'Aligre). — On peut consulter aussi la Satire sur la vie et les ouvrai/r* de J.-P. Pages, par .M. Catien Arnoult, dans la collection de l'Académie des Sciences. Inscriptions et Belles-lettres de Toulouse, année 1867. — On lira également avec intérêt un article du 26 mai 1866, dans l'un des journaux de l'Ariège, par Ity. Emile Darnaud.