‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 353 sur 498 · SON IMPORTANCE AU CORPS LÉGISLATIF. 5S · texte numérisé non relu

SON IMPORTANCE AU CORPS LÉGISLATIF. 5S

racontent qu'il était difficile que les choses et les hommes pussent le satisfaire entièrement ; que son esprit, craignant l'illusion, le portait en général à l'opposition ; qu'il était plus fait pour observer les affaires humaines que pour les diriger ; qu'il préférait à tout une situation indépendante où il pût dire sa pensée, sans compter avec le pouvoir et même avec les partis ; qu'enfin, pour la vie politique, il lui manquait une chose importante, l'ambition. En deux mots, ne devoir qu'à lui-même ce qu'il était, tracer luimême son sillon, donner l'exemple d'un rude «travail intellectuel; pouvoir dire à tous, aux hommes d'État et aux représentants, ce qu'il pensait, voilà où cet homme énergique mettait sa fierté. Dans la presse, à la tribune, dans la vie publique, Pages était une conscience ; et c'est ce qui explique la forme de son éloquence et pourquoi, enveloppé dans son manteau, il lançait ses foudres.

Et quel travailleur ! Les pages du Moniteur officiel, qui renferment ses divers discours prononcés à la Chambre de 1831 à 1848, attestent cette prodigieuse application d'esprit, ces vingt années d'efforts, de travaux parlementaires pour faire sortir du régime de la France tout ce qu'il paraissait contenir de juste et de libéral. En 1831, il fait un rapport sur les élections de l'Oise ; il exprime son opinion dans la discussion générale de l'adresse ; il discute quelques modifications d'articles relatifs à la pairie ; il développe un article additionnel au projet de loi relatif aux 500,000 francs alloués pour les étrangers réfugiés ; il combat la proposition dite de Bricqueville, et s'exprime sur les événements de Lyon. Ainsi en fut-il les années suivantes. Toujours sur la brèche, Pages se croyait obligé d'ajouter chaque jour un feuillet au livre de l'éducation politique de la France1.

1. Voyez le Moniteur des années 1835, 1836, 1837, 1839, 1840, 1811,

152 I/ARIEGE, IV0 PARTIE (suite et fin), CHAP. IX.

« Sitôt qu'il ne parlait pas, il écrivait, et à peine cessait-il d'écrire qu'il parlait. Ses articles et ses discours formeraient des masses de volumes1. »

Comment rassembler ses innombrables articles de journaux, à les prendre depuis la Minerve jusqu'à la Patrie dont il fut un des fondateurs ? Les grands sujets de la liberté religieuse, de la liberté de la presse, de la liberté individuelle, de la liberté des élections furent son thème favori. Mais pour une cause ou pour une autre, dès l'année 1834, grâce en particulier à son prestige de publiciste, Pages de l'Ariège avait acquis cette haute autorité parlementaire qu'il exerça à la Chambre et qui faisait, de chacun de ses discours nouveaux, comme de ses articles, un événement . On ne peut oublier les grands accents de cet apôtre politique dans la discussion de la loi contre les associations, et dans celle de la loi des barricades. Qui ne se souvient de sa fameuse harangue contre les lois de septembre et de disjonction ? Quelle dialectique vive et serrée l'infatigable Pages n'avait-il point à sa disposition M quelle impression lumineuse ne laissait-il pas dans chaque question ! C'était une vraie puissance de presse et de tribune. Ce grand travailleur, point ambitieux, simple dans ses mœurs, honnête homme, libéral, inflexible3, était vraiment imposant.

1. Nous croyons pouvoir recommander la lecture du journal le Temps, années 1835-1836; les réflexions dé Pages de l'Ariège sont infiniment utiles aux politiciens de toutes les époques.

2. Lorsque Pages publia son Histoire de l'Assemblée constituante, le duc d'Orléans, qui s'était procuré des feuilles en épreuves, présenta des observations et demanda des corrections à Pages, sur le passage relatif à Philippe-Égalité. Pages ne fit droit qu'en partie à ces observations, et il écrivit de sa main ces mots : « Je devais ces égards au fils et cette déférence au prince de modifier tout ce qui pouvait le blesser dans les expressions, .le devais ce respect à la vérité de maintenir les faits dans leur exactitude historique. Ce n'est qu'au prix de ce courage et aux périls de cette vertu qu'il esl permis d'écrire l'histoire. »

3. Redoutable et redouté, Pages de l'Ariège était un poinl de mire pour les hommes du pouvoir, qui épiaient l'occasion de trouver en lui des côtés

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