SON ROLE D'OPPOSITION ET SA FORCE
La force de J.-P. Pages fut donc dans son unité intellectuelle et morale ; il se borna à la fonction de journaliste et ne voulut que cela. Etre député n'était pour lui qu'une extention du journalisme ; loin de cesser d'être journaliste, Pages, en acceptant le mandat législatif, ne faisait qu'agrandir son action de journaliste. C'est pourquoi, tout le temps qu'il fut à la Chambre, il se tint loin des zones ministérielles. Le portefeuille de ministre n'avait pour lui aucune séduction. Il en fut cependant question sous la présidence de M. Mole, à qui Pages avait voué des sentiments d'estime et d'amitié ; mais il trouva moyen d'échapper au portefeuille, en déclarant qu'il ne pouvait adhérer complètement au programme du ministère tel qu'on voulait le faire. Quelqu'un a dit dans ces derniers temps : « C'est une force de ne vouloir être ni ministre, ni soussecrétaire d'État1. » N'est-ce pas le secret de Pages de l'Ariège ? N'est-ce pas lui qui avait qualité pour dire : « Je n'ai pas le goût du panache ; j'aime passionnément le métier de journaliste. Cette force, qui me permet de servir de la manière que je juge le plus utile mes idées et mon parti, j'entends la conserver. Je n'envie aucun portefeuille, je resterai ce que je suis, journaliste. » Ainsi, de 1817 à
faibles. On le chicana un jour sur la manière dont on écrivait son nom, Pages de l'Ariège ou Pages {de l'Ariège). 58 pages furent imprimées à Paris, rue du Bouloi, 7 (Avranches, chez Tostain, 1836), par M. le comte L. de Girardin (lisez Guizot); elles commencent ainsi : « La précision que vous exigez, monsieur, dans les mots, les idées et les titres, autorise à vous demander, lorsque vous vous montrez si sévère sur la qualification de comte et de pair prise par M. Rœderer, si vous, qui signez Pages de l'Ariège, vous êtes le fils de ce fleuve, ou si M. votre père porte ou portait ce nom ; ou, lorsqu'à votre signature vous joignez la qualité de député de l'Ariège, vous avez obtenu le suffrage de la majorité de tous les électeurs du département, réunis tout exprès en un même collège, à l'effet de vous donner leurs voix... »
1. Mot de M. Ranc, rédacteur en chef de la Petite République française, lorsque quelques journaux firent courir le bruit, à cette époque, de sa prochaine entrée au ministère.
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1848, il put défendre la monarchie constitutionnelle et la
liberté, le constant objet de ses rêves '.
IX. — Toutefois avec un homme de la valeur du célèbre Pages de l'Ariège on ne peut se contenter d'une première vue ; il mérite que nous insistions pour expliquer de nouveau ce qui fit sa force, ce qui grandit sa stature, comment tour à tour sa hardiesse, sa misanthropie politique, son honnêteté, son talent et son influence se secondaient, s'entraidaient2. La physiologie historique demande quelques autres citations des discours et de l'attitude de Pages de l'Ariège, dans des conjonctures délicates, pour que ce talent soit mis d'une manière complète dans son vrai jour.
1. Voici ce qu'on lit dans la Biographie indiscrète des publicistes, Journalistes, furets de coulisses, etc., de 1826 : « Voulez-vous faire connaissance avec un homme savant, modeste, judicieux et obligea ni? tâchez de vous lier avec le rédacteur du Courrier fronçais. Le nom de M. Pages se rattache à la création de la Minerve et de la Renommée, qui ont laissé dans le monde littéraire un souvenir glorieux. Tout Vor du ministère ne serait pas capable de corrompre ce savant véritablement estimable, qui n'est pas moins cher à Thémis qu'aux doctes sœurs d'Apollon » (p. 92).
2. Nous pouvons, plus que personne peut-être, apprécier cette activité, cette conscience, cette puissance de travail qui distinguaient Pages, et lui taisaient tout ramener à la thèse du journal. Nous avons dans nos mains sa correspondance avec Alexandre Lenoir; avec Flocon, du Courrier français ; avec Kératry, députédu Finistère et homme de lettres;avec M. de Lamothe-Langon ; avec le rédacteur en chef du Temps et E. de Monglave, Bargenet, de Grenoble, et le chancelier de France, el le général Lafayette, etc., etc. Quel homme infatigable!
Nous voyons aussi par ses lettres à quelle laborieuse sollicitude il se livra pour fonder le journal la Patrie; quelles furent ses négociations avec Lamartine, avec E. de Girardin. 11 fallait déterminer les personnes qui devaient être les financiers de l'affaire. <> En pareille occasion, disait-il, un homme d'esprit ne peut rien sans un homme d'argent. » — « Au milieu île journaux vendus au pouvoir, je crois qu'il y a place pour un journal qui ne se vendrait à personne. »
Nous possédons, à l'état manuscrit, un long article de P. Pages, relatif à un ouvrage qui traitait de l'esprit des lois françaises. (>e travail démontre avec quelle conscience et quelle rigoureuse méthode Pages rédigeait sis articles. Que de justes considérations sur la nécessité d'avoir la vraie tradition des lois françaises, pour en prévenir la fausse interpréta tion!