‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 358 sur 498 · SA BROCHURE : LA CENSURE · texte numérisé non relu

SA BROCHURE : LA CENSURE

autres ministres de vouloir « des crimes impunis et une clémence privilégiée : » « Tandis que le clergé de France accepte la publicité souvent avec plaisir, toujours sans peine, Tartufe a besoin de la censure. »

Pages faisait un tableau comparé de l'état des pratiques religieuses en France, pendant la Restauration, d'une part, et d'autre part, sous le premier Empire ; et il montrait qu'il y avait plus de religion à l'époque impériale, avant qu'on établît la censure. Ensuite Pages ne craint pas de déclarer avec indignation que les ministres rétablissent la censure parce qu'ils veulent cacher l'état de la France, les souffrances de l'agriculture et leurs noires intrigues pour la nomination des députés delà majorité. Demandant ce que devenaient les ministres, détestés de la France et privés de la majorité, « quatre élections nous ont appris, dit-il, ce qu'ils devaient attendre des élections nouvelles. On le voit, la censure était imminente : nous la subissons. »

iMais écoutons encore cette parole, ou plutôt lisons les lignes que trace le journaliste du Couserans : « Du centre aux extrémités du royaume, un cri s'est élevé contre le ministère. Ce cri, répété par l'opposition de la Chambre des députés, par la majorité de la Chambre des pairs, par l'intégrité de la magistrature, par les votes des collèges électoraux, par les délibérations des académies, par les acclamations de la garde nationale, ce cri n'a trouvé partout que des échos fidèles. Il fallait l'étouffer ; il fallait que les craintes, les besoins, la conscience de la nation ne pussent trouver d'interprètes ! La censure ! »

Continuons et lisons ce que le pamphlétaire en courroux ne craint pas de dire à M. Lourdoueix : « Bientôt les Lourdoueix de la censure ne pourront plus annoncer à leurs maîtres la douleur pal ern elle de leur insolente tyrannie ; et les ministres ne pourront plus tromper le prince, et

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les conseillers de la couronne ne pourront plus tromperies Chambres ; et les Chambres, abusées par d'insignes mensonges, ne pourront pas, à leur tour, tromper la France. La censure paraîtra dans sa hideuse nudité. Ainsi tombera ce ricochet de tromperies méditées par nos grands hommes. Ainsi, monsieur Lourdoueix, servile instrument de cette misérable jonglerie, vous en recueillerez le lucre financier; mais l'honneur qui vous en revient va s'imprimer à votre nom, et le feu rouge de la place de Grève trace des caractères moins indélébiles. »

Est-ce assez ? Pages s'acharne : « Ces stigmates de la police, que n'ont pu cacher l'astucieuse adresse de M. Franchet et l'insigne jésuitisme de M. Delavau, vous n'étiez pas de force à les déguiser ; on les voit en plein sous votre masque ; M. de Chateaubriand vous couvrirait de son talent, M. de Quélen de sa piété, M. de Séguier de ses vertus, que, sous tous ces voiles, on ne verrait encore qu'un Lourdoueix. En vérité, monsieur, le métier que vous faites peut vous convenir ; vous pouvez en avoir le goût, en aimer les profits, mais vous n'y serez jamais qu'un malhabile écolier ; demandez à M. Franchet. »

XI. — En définitive, le département doit réserver une place à part, dans son Panthéon et dans ses souvenirs, à un homme qui, non seulement a honoré l'Ariège, mais qui a contribué à la révéler. C'est un fils qui, par l'éclat de ses talents et par la beauté morale de sa vie, n'a cessé de réclamer pour sa mère, pour sa chère Ariège, une juste part de notoriété brillante. Un ensemble spécial de circonstances, trente ans de guerre par la plume, par la parole, par les entretiens, avaient perfectionné et couronné cette individualité politique et littéraire. Pages était quelqu'un par lui-môme.

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