Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IX, p
2. Joseph-Emmanuel-Xavier Durrieu était né le 22 décembre 1814, à Castillon (Ariège), de Joseph Durrieu, receveur des douanes, et de Catherine Pessailhan, sa femme.
Son enfance fut très chétive ; mais on remarqua son intelligence quand il était encore en bas âge. A dix ou onze ans il composait des poésies, se livrait continuellement à l'étude, n'avait d'autre passion que les livres. Pour se les procurer, il cherchait dans toutes les bibliothèques de la ville, se rendait à Saint-Girons pour en acheter et se procurer les auteurs en renom. On le rencontrait sur le bord des routes, assis, lisant et oubliant les heures de la rentrée au logis. Il s'attirait les reproches de ses parents, uniquement à cause de sa trop guande assiduité à l'étude. Des bougies étaient cachées dans son lit, afin de lire la nuit tout entière.
Placé successivement au collège de Saint-Girons et à Pamiers, il ne pouvait, à cause de sa santé, passer aux études qu'une petite portion de l'année scolaire. Il rentrait les trois quarts de l'année chez ses parents à cause de son état de faiblesse, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir, au concours, les premiers prix de sa classe.
Le frère aîné de Xavier Durrieu, étant secrétaire intime de l'évêque d'Aire, Mgr Savy, son oncle, Xavier alla achever ses études au collège d'Aire. L'évêque discerna de suite tout ce qu'il y avait en ce neveu de fortes dispositions intellectuelles.
Reçu bachelier à dix-sept ans, Xavier Durrieu vint étudier le droit à Paris, et fut recommandé à Pages de ! Ariège. Bientôt quelques articles admis dans les journaux le déterminèrent à se mêlera la vie politique,
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exemple entre mille de ces personnages que leur talent eût pu faire aboutir à de hautes destinées, mais qui ont eu à se débattre incessamment avec les circonstances, les nécessités de la vie positive, avec des facultés sans cesse contrariées dans leur emploi. Mais disons de suite que l'héritage mutilé, l'œuvre d'esprit laissée par lui comprend : 1° quelques articles saillants de haute critique publiés dans diverses revues, la Revue de Paris, la Revue des Deux- Mondes et autres, tels que des études sur Talleyrand; — sur le livre de Y Humanité de Pierre Leroux; — sur Socin et le socinianisme ; — sur le Maroc, l'Espagne, etc.; — 2° d'innombrables articles de journaux sur diverses actualités, sur les questions politiques du moment, dans le Courrier français, le Temps, la Révolution, la Réforme, le Siècle, le Times, le Daily News; — 3° ses discours politiques à la Constituante de 1848, notamment ceux de septembre ou octobre, quand Durrieu, dit -on, contribua à faire lever l'état de siège; — 4° un livre paru à Londres, en 1852, intitulé Le coup d'Etat de Louis Bonaparte ; histoire de la persécution de décembre; volume de loO pages in-8° (Joseph Thomas, 2, Catherine Street, Strand); — 5° une publication sur les Mormons parue également en Angleterre, en langue anglaise; ■ — 6° un livre curieux et très remarquable, dit-on, sur les Juifs; — 7° un livre rédigé dans ses dernières années, et qui devait concentrer et résumer ses pensées philosophiques, politiques, financières.
On ne saurait perdre de vue deux aspects, lorsque l'on veut fixer cette figure ariégeoise et la classer, soit dans l'ordre de l'intelligence, soit dans l'ordre de l'influence qu'il a pu exercer sur ses contemporains. Il faut se rendre compte de ce talent, et mesurer quelle dépense d'énergie et de lutte nécessita son déploiement. Tout est aven-