‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 370 sur 498 · EPISODES ETRANGES · texte numérisé non relu

EPISODES ETRANGES

important, concernant la chose publique; mais il voulait qu'il jurât le silence sur ce qui allait lui être révélé. Cédant aux instances, notre journaliste promit le silence, après certaines réserves établies; et l'inconnu lui annonça que, dans la nuit suivante, on devait assassiner les membres du gouvernement provisoire. L'on venait requérir le concours de son journal pour le lendemain matin, afin de seconder une manifestation.

Durrieu, en entendant de quel projet il était question, témoigna son horreur, déclarant qu'il reprenaitson serment et que, devant ces abominables desseins, il verrait ce que sa conscience lui dicterait de faire. L'inconnu de son côté se retira, mais osa avertir Durrieu que, si au jour prochain il quittait les bureaux de son journal, il serait assassiné lui-même.

Notre compatriote, que de telles visites devaient naturellement troubler, avait un frère à Paris, Edouard Durrieu. Il lui fît part de cet incident étrange et des massacres qui se méditaient. Il voulait avertir ses amis du gouvernement provisoire, et il chargea ce frère, d'abord d'examiner les alentours du domicile qu'il occupait, ensuite de porter une lettre d'avertissement à l'Hôtel de Ville. L'exécution n'était pas facile. Au dehors, quelques hommes à mine suspecte allaient et venaient, de sorte qu'on ne pouvait douter que Xavier Durrieu ne fût gardé à vue par les hommes du complot contre le gouvernement. Cependant, à tout prix, il fallait avertir ses amis, recourir à un stratagème, il fit habiller son frère en femme. Grâce à ce déguisement, Edouard Durrieu sortit, passa et put transmettre la lettre de son frère aux membres du gouvernement. Ainsi, aucun des sinistres projets annoncés ne fut mis à exécution !.

1. Quelques années après, paraissait une brochure étrange. Un homme

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XVII. — Xavier Durrieu, durant son passage dans la politique active, fit preuve d'une activité et d'une énergie infatigable, soit à l'Assemblée constituante, soit à la tête de son journal, et il est exact de dire que la révolution de Février vint faire briller une des qualités éminentes du journaliste ariégeois, Y activité, Y action.

En juillet 1848, Xavier Durrieu, aussi bien qu'Arnaud de l'Ariège, se montre susceptible à l'endroit des libertés individuelles. Il prend la parole dans l'Assemblée nationale, pour trouver suspecte la place spéciale que devait avoir le magistrat dans les clubs, d'après le projet du ministre. X. Durrieu parle un autre jour et dialogue avec M. Sénard, ministre de l'intérieur, à propos des réglementations et formalités nouvelles, prescrites pour l'ouverture des clubs et la tenue de leur séance (séance du 28 juillet 1848). Il intervient dans la discussion du projet de décret relatif au cautionnement des journaux (séance du 8 août 1848); il prend à partie le ministre de la justice, M. Marie, mais sans faire de discours proprement dits. C'étaient de petits intermèdes, une pensée saillante, un argument simplement indiqué, des amendements qu'il motivait avec brièveté. Ce jour-là, il mettait le ministre en opposition avec une déclaration qu'avait faite le gouvernement provisoire à l'Hôtel de Ville ; il rappelait que le gouvernement avait promis « de faciliter, par tous les moyens, la circulation des idées » ; ce que les appuis de la révolution glorieuse étaient « In justice, la morale et la vérité ». — Xavier Durrieu combattait le cautionnement.

Il saisissait toutes les occasions pour dégager la presse de toute entrave ; ainsi, dans la séance du 11 août 1848, il

grave, qui l'avait lue, prétend y avoir remarqué ce passage à l'adresse de Xavier Durrieu : « Vous souvenez-vous de l'homme masqué qui parut un soir cht'/. vous, à deux heures de la nuit? »

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demandait la suppression des articles législatifs punissant les offenses commises parla presse, envers les souverains, les chefs des gouvernements étrangers ; il voulait qu'on fît disparaître les pénalités édictées pour diffamation envers les ambassadeurs, ministres plénipotentiaires, envoyés, chargés d'affaires, agents diplomatiques ; il demandait qu'on fît rentrer cette classe de personnes dans le droit commun, que les représentants des puissances étrangères s'adressassent simplement aux tribunaux français, Il se préoccupait avant tout, disait-il, du droit des peuples. Enfin, tandis qu'Arnaud, dans la séance du 13 septembre 1848, soutient, contre Lamartine, une nuance dans la thèse du droit au travail ', en prétendant rapprocher le principe du droit au travail, du principe de la propriété et du principe de la liberté, — Arnaud faisait de vrais et beaux discours — tandis qu'Arnaud (séance du 21 septembre) se prononce pour Y absolue liberté de F enseignement, X. Durrieù propose, avec Anglade, l'établissement de médecins dans les cantons ruraux pour le traitement gratuit des travailleurs indigents (séance du 25 septembre).

Mais, si le représentant du peuple se distingua par l'activité, par l'énergie de ses convictions et revendications dans le journalisme et à la tribune, il est juste d'insister aussi sur ce qu'il y avait de plus saillant dans cette nature exceptionnelle, et que le journalisme mettait surtout en œuvre. Ainsi, sous le rapport artistique, il faut avoir la justice de reconnaître, dans le journaliste ariégeois, une véritable supériorité, une valeur réelle, à savoir : son incomparable facilité à rédiger un article de journal bien pensé, bien déduit, bien écrit. Xavier Durrieu pouvait simultanément tenir tête à une conversation et composer, séance tenante, des pages entières de hautes considérations pour la presse quotidienne, pour le journal qu'il dirigeait,

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pages qu'il livrait sur-le-champ, sans les revoir, à l'impression, et qu'on trouvait assez généralement d'une correction étonnante. A quoi tenait cette facilité prodigieuse qui lui permettait de fournir de sérieux articles, tout en se jouant? Durrieu ne manquait pas de science; il avait, beaucoup de lecture ; sa tète étant incroyablement meublée, il pouvait vivre de sa surabondance.

Et qu'on ne s'imagine pas que cette rapidité de concep tion et ce talent d'exécution fussent un don frivole et superficiel. Ne croyons pas que Xavier Durrieu fût « dans cette impossibilité de mûrir, qui est l'infirmité de quelques organisations vives ». C'était un esprit très progressif avec les années, à l'encontre de La Harpe, dont Voltaire avait dit : « C'est un four qui toujours chauffe et où rien ne cuit. »

XVIII. — Mais l'heure sombre, l'heure des changements et des transitions lugubres, l'heure dont parle Dante, où l'on sent froid dans la moelle de ses os, sonna pour Xavier Durrieu en décembre 1851 ; et cette grande crise historique du coup d'État, où l'on prétendit ne sortir de la légalité que pour rentrer dans le droit, il est sûr qu'elle fut pour Xavier Durrieu une de ces phases terribles, une de ces périodes transitoires et douloureuses où, tout le passé vous échappant, l'avenir s'enveloppe de mystères et de voiles. C'était l'heure où les âmes bien trempées sont mises à l'épreuve. Écoutons un témoin de sa vie, qui l'a suivi en Espagne : « Durrieu. dans un grand nombre de publications, montra un rare talent de style et de polémique, une conscience honnête, une érudition sûre et variée. Sous la République, le département de l'Ariège l'envoya à la Constituante, il siégea dans les rangs de la Montagne, il revendiqua plusieurs fois à la tribune les droits de la liberté.

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