‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 371 sur 498 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

En 1851, il fonda un nouveau journal pour défendre la révolution menacée. Sa clairvoyance lui fît prévoir les événements qui se préparaient dans l'ombre. Il fut cruellement puni de ses prévisions. Il tomba sur la brèche au coup d'État. »

Le branle-bas de décembre 1851, qui bouleversa tant de combinaisons et d'espérances, se fit ressentir d'une manière radicale dans la situation de Xavier Durrieu. Tout était à recommencer pour ce vaillant athlète de la plume, ou plutôt tout semblait finir. La notice qui lui est jconsacrée dans le Dictionnaire de Vapereau de 1858, se borne à dire : « Quant à X. Durrieu, envoyé sur les pontons, puis expulsé de France, il se réfugia en Angleterre et passa vers 1854 en Espagne, où il devint le secrétaire d'un des chefs du parti progressiste. Il a publié un ouvrage relatif aux événements de décembre. »

Cette notice, d'une brièveté par trop cruelle, nous commande d'y suppléer. Victor Hugo a raconté dans Y Histoire d'un Crime l la part active, intrépide, que Xavier Durrieu prit à la résistance des représentants du peuple devant le coup de force du 2 décembre 1851 ; il a dit les dangers auxquels Durrieu ne craignit pas de s'exposer, son ardent courage, sa stoïque assiduité aux réunions que les députés de la gauche tinrent en divers quartiers de Paris, pour aviser aux nécessités de cette heure suprême. Peut-être V. Hugo n'a-t-il pas assez insisté sur cette prodigalité facile de lui-même, avec laquelle le journaliste ariégeois faisait si bon marché de sa personne, de son temps, de son repos. Il dit bien avec quelle opiniâtreté indomptable le rédacteur de la Révolution se transportait dans les endroits où la gauche, traquée par le pouvoir du moment, cherchait

1. Victor Hugo, Histoire d'un crime, in-12, Paris, 1877-1878, t. I, p. 22, 147, 148, 151, 153, 154,172; t. II, p. 93, 99, 253.

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successivement à rassembler ses tronçons épars. Xavier Durrieu ne manqua pas la réunion de la rue Blanche, n° 70, où il rivalisa de zèle avec Baudin et Millière pour faire imprimer une proclamation au peuple. De la rue Blanche, on se donna rendez-vous, pour tromper la surveillance, dans le quartier du Marais, chez Beslay, rue de la Cerisaie, 33 ; Xavier Durrieu s'y trouva avec Montanelli, le célèbre Italien. Plus tard, on crut devoir changer de place et se transporter quai Jemmapes, n° 2, chez un autre représentant. Xavier Durrieu y arriva avec Jules Favre, Carnot, Millière, etc. Victor Hugo proclame en termes formels « l'ardent courage de Xavier Durrieu, qui ne se démentit pas un seul instant1 ». Durrieu s'occupait à faire tirer à 40,000 exemplaires la proclamation qu'on voulait faire parvenir au peuple contre le coup d'État. Il jouait le tout pour le tout. Là où Emile de Girardin avait réclamé des précautions, là où Proudhon se décourageait, là où Pierre Leroux disait : « Prenez garde, il est encore temps de s'arrêter, vous entrez dans les catacombes. Les catacombes, c'est la mort », X. Durrieu disait : « En avant ! »

Victor Pïugo aurait pu faire ressortir cette bravoure et ce sang- froid de notre publiciste se multipliant, allant des imprimeries aux réunions de la gauche, se vouant au rôle périlleux d'afficheur, alors que le nouveau pouvoir rendait ce décret : a Quiconque sera surpris construisant une barricade, placardant une affiche des ex-représentants ou la lisant... sera fusillé2. » Xavier Durrieu suivit partout les représentants qui résistèrent sur les barricades, au milieu de la mousqueterie 3. On dit que sur les boulevards Mont-

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