‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 380 sur 498 · DURRIED ET VICTOR HUGO (FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DURRIED ET VICTOR HUGO (FRANÇOIS

sées de Marine-Terrace par Yictor Hugo fils (François) à Xavier Durrieu.

Xavier Durrieu s'occupa activement de faire entrer Yictor Hugo en Espagne ; il était, avec Edouard ***, le seul proscrit français chargé par le grand poète de demander pour lui l'autorisation de passer dans la péninsule ibérique. François Hugo lui écrit qu'ils ne reçoivent, contre leur attente, ni lettre, ni passeport.

Nous ne savons ici comment expliquer le retard à une chose que vous nous disiez faite. Des difficultés nouvelles sont-elles survenues? Mcn père a supposé que les annonces que vous aviez fait insérer dans les journaux, avaient éveillé les inquiétudes de l'ambassadeur français à Madrid et l'effroi des bonapartistes, à la pensée de notre présence en Espagne. 11 a supposé que quelque Turgot élait intervenu pour faire refuser l'autorisation que vous aviez demandée pour nous, et avait peut-être fait revenir M. Sartorius sur sa décision. Y a-t-il du vrai là dedans?

Les notes laissées par Durrieu expliquent le temps d'arrêt dont se plaint le fils de l'illustre poète. Durrieu pensait que le plus naturel effet du mouvement qui venait de s'accomplir à Madrid par le peuple lui-même, était « d'ouvrir les portes de l'Espagne à tous les proscrits ». François Hugo continuait sa lettre en déplorant la misère et la détresse des proscrits français à Jersey et à Londres. D'autre part, racontant la mort d'un des proscrits qui n'avait pas fait de testament, et que Durrieu comptait parmi ses amis, François Hugo disait que le proscrit laissait plus d'un million, sans avoir rien donné à la femme avec qui il avait vécu maritalement :

Que va-t-elle devenir, madame G... ? poursuit le jeune Hugo ; son mariage n'était légalisé que par la communauté du mallieur et de l'exil...

Nous continuons à travailler, n'ayant que cela à faire. Oh! où y a-t-il un pays où on s'amuse? Mon père va faire paraître les Consolations, poésies en deux volumes purement littéraires... Vacquerie fait des pièces pour le public de la censure et pour le théâtre de la République. Charles fait un roman... pour le public bonapartiste, mais qui n'est que vrai pour nous. Quant à moi, j'ai entrepris, ô mon maître, une traduction de Shakes-

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peare. Quelle audace! quelle patience ' quelle fatuité! Je fais une traduction littérale; elle aura du moins ce mérite. Et vous, que faites-vous '?

Dans une autre lettre, François Hugo écrit à Durrieu pour lui transmettre l'impression que les événements d'Espagne des 17, 18 et 19 juillet avaient produite à l'extérieur, et en particulier sur le groupe de Marine-Terrace. Tant que le mouvement avait été purement militaire, on ne s'était pas prononcé ; mais du moment qu'on annonce des barricades à Madrid, et que les pavés remuent, on se dit à Jersey : La révolution est là ; des blouses aux manches retroussées et des bourgeois font le coup de fusil ; cela suffît et, malgré tous les Espartero, c'est un coup d'État commencé qui a été anéanti ; c'est la monarchie qui a été privilégiée !...

Hugo fils continue sur ce ton en deux autres pages, et juge révolutionnairement le dernier mouvement espagnol ; puis il ajoute :

Ne vous méprenez pas, mon cher ami, sur ce que je vous dis là. Vous avez complètement raison quand vous dites que, jusqu'ici, le mouvement a été enrayé et que la popularité du Lafayelte espagnol est, à l'heure qu'il est, une des grandes inquiétudes de la situation. Mais tout me porte à croire jusqu'ici, ou qu'il cédera au mouvement, ou que le mouvement l'emportera. Des hommes comme vous, qui savez l'espagnol, peuvent rendre de grands services en éclairant ce pauvre pays héroïque qu'on va tromper encore... — A vous. — Pourquoi donc Soulé a-t-il empêché l'abdication de la reine 2 V

Nous trouvons, à la date du samedi 2 décembre, une autre lettre où François Hugo envoie à Durrieu des nouvelles politiques.

Je ne vous écrirai que deux mots, mon cher Durrieu ; d'abord pour vous gronder de ne pas m'avoir répondu (six semaines sans m'écrirel), puis pour vous communiquer le discours que mon père a prononcé ici à l'occasion de l'anniversaire polonais. 11 y a un an, vous étiez à ce banquet et vous y faisiez un beau discours. Maintenant vous voilà bien loin de vos convives ! Votre absence a été sentie à tous les points de vue, et celle de Le Guevel aussi. A

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