‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 381 sur 498 · LETTRES DE FRANÇOIS HUGO A DURRIEU · texte numérisé non relu

LETTRES DE FRANÇOIS HUGO A DURRIEU

Londres, l'anniversaire a été beaucoup moins pacifique qu'ici. Le drapeau tricolore ayant été mis dans la salle du meeting, Ledru et Louis Blanc ont refusé très justement de parler. Knssuth seul a passé par-dessus ce crime de lèse majesté démocratique et a fait un discours très immédiatement utile, mais où la question Bonaparte, c'» st-à-dire la question de justice, est complètement mise de côté. Le comité du meeting avait décidé d'avance qu'aucun discours ne serait prononcé avec une attaque quelconque contre l'alliance Palmerston-Bonaparte. De là une protestation de Jones, le chef chartiste, qui, à la lin du meeting, s'est élevé très violemment contre les dispositions aristocratiques et antilibérales prises par le comité. 11 a annoncé la réunion d'un nouveau meeting où cette fois les citoyens auraient le droit d'exprimer leur pensée. Un tapage formidable a suivi cette philippique. On a cassé des chaises et brisé des banquettes. Harmonie qui a dû être peu agréable aux mânes de Kosciusko. — J'oubliais de vous dire que le citoyen Pujol a envoyé à Ribeyrolles une diatribe contre vous en réponse au factum que vous avez signé, vous et vos camarades de là-bas. Ribeyrolh's a refusé l'insertion. Et l'on nous annonce l'arrivée de Pujol qui viendrait sous peu demander des comptes à notre ami de l'Homme, pour son relus de publicité. Je vous tiendrai au courant de cette affaire qui ne peut pas vous ennuyer. Je suis avec tristesse la péripétie espagnole. Voilà les Cortès qui escamotent la question dynastique et qui prononcent l'abdication nationale. Quand on connaît la vérité et que, républicain, on voit le droit face à face, on s'étonne de l'aveuglement des autres et l'on s'impatiente de voir tout un peuple talonner ainsi. Comme le progrès est lent et que nous avons de besogne et de propagande à faire ! Est-ce que madame L... est fâchée contre nous qu'elle ne nous écrit plus? Je demande à connaître notre crime. Mes amitiés à L... Mes tendresses à la petite R..., à vous, ingrat!

Victor Hugo fils.

XXII. — Mais, lorsqu'on veut mettre en pleine lumière les fidélités de Xavier Durrieu, son attachement aux promesses, il est impossible de ne pas toucher respectueusement à son mariage et à celle qui devint, en Espagne, la compagne légitime et honorée de son foyer. C'est ici que s'était ouvert le roman de Xavier Durrieu ; c'est ici qu'il se fermera. Il a été dit, dans les pages précédentes, que Xavier Durrieu, pauvre, solitaire, relégué dans une chambre modeste, pendant les premières années de son séjour à Paris, vers 4841, 4842, se débattait depuis quelques jours, sur son lit de malade et sans secours d'aucun être vivant. Deux dames, voisines d'habitation, s'étant inquiétées du jeune journaliste inconnu , s'improvisèrent sœurs de bon secours en faveur du Méridional, dont le sort les intéressait»

000 L'ARIEGE, IVe PARTIE {mite et fin), CHAP. IX.

Ce roman se poursuivit par L'apparition de ces dames, et par leur empressement délicat à disparaître aussitôt que le jeune écrivain avait été remis sur sa barque. Or, cette sollicitude mystérieuse et fine n'eut que trop souvent à s'exercer, dans la première période de la vie du publiciste ariégeois, si ballottée par les tempêtes et le malheur.

Xavier Durrieu, au moment du coup d'État, fut un instant enfermé à Mazas, et ces dames s'installèrent aussitôt près de la prison, pour faire parvenir de l'argent et des secours de toute nature à cet homme d'une santé si chétive. Plus tard, lorsque Xavier Durrieu fut envoyé sur les pontons à Brest, ces dames firent arriver au proscrit des lettres, des informations sur les diverses démarches qu'elles tentaient en sa faveur. Ainsi, sur quelque plage que les rigueurs de la destinée vinssent à jeter l'ancien rédacteur du Courrier français, on était sûr que ses anges invisibles viendraient à bout de tous les obstacles, franchiraient toutes les distances, et apporteraient à Xavier Durrieu un secours, un appui, un sourire, une affection et quelques sommes d'argent gagnées à la sueur de leur front.

Comment une promesse d'union et de mariage ne seraitelle pas éclose, cà travers ces bourrasques du sort et cette fidélité au malheur ? N'y a-t-il pas des fleurs qui se développent sous le souffle des orages ? Xavier Durrieu ne devait se laisser vaincre ni en générosité, ni en fidélité. Sa correspondance pour les années 1852, 1853, 1854, renferme la convention expresse qu'on devait se marier ; mais il fallait attendre que, libre des agitations, Xavier Durrieu eût enfin conquis une situation stable, et qu'il pût offrir à sa compagne une existence douce et aisée. Le 29 janvier 1852, il écrivait à bord du Du Guesclin, devant Brest, un billet au crayon à sa chère fiancée, mademoiselle Alp. de M. G. Il lui recommandait de soigner sa

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