‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 383 sur 498 · RÉSIDENCE DE GRACIA, A BARCELONE · texte numérisé non relu

RÉSIDENCE DE GRACIA, A BARCELONE

Il était de diverses administrations financières. Néanmoins, après avoir beaucoup souffert, et lorsque lui vinrent les éléments du bonheur, son ciel ne fut pas toujours sans nuages.

Malheureusement, à Barcelone, une désastreuse entreprise de chemin de fer devint pour lui une source de contrariétés, de mécomptes et de dégoûts, qui, avec d'autres causes !, le précipitèrent dans la tombe. Les maladies dont il avait pris le germe sur les pontons de Brest, prirent, à partir de 1867, des développements inquiétants, en sorte que, toute l'année 1868, Xavier Durrieu se vit en proie à des souffrances incessantes, qui minèrent ce corps délicat uni à une âme si forte. Tout conspira pour compliquer et aggraver son mal ; le physique et le moral s'en mêlèrent ; il voyait s'évaporer en fumée une fortune qu'il avait acquise par son industrie, son activité et ses talents. Il se sentait exploité par des hommes qui le trompaient. Ici, plus qu'ailleurs, il était exact de dire que la lame avait usé le fourreau.

Comment se passèrentles dernières semaines, les dernières heures de Xavier Durrieu, à Barcelone, dans sa résidence de Gracia? On n'a là-dessus que des renseignements incomplets, purement négatifs. Un de ses compagnons d'exil, qui fat témoin des trésors de bonté et d'amour que renfermait cette âme, et de sa fermeté dans ses croyances, a raconté qu'au milieu de ses soucis, X. Durrieu avait la force de s'enfermer dans l'étude qu'il aimait avec passion ; que samémoire était prodigieuse, et qu'il puisait dans son commerce avec les grands écrivains les seules distractions, les seuls plaisirs qu'il lui fût donné de goûter ; qu'enfin il conservait

1. La propriété qu'il avait achetée dans le quartier Gracia, et où il fit bâtir, lui procura, dit-on, quelques déceptions,

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toujours cette égalité de caractère, cette bienveillance inépuisable pour les hommes et ce calme stoïque qu'on admirait au milieu de ses tourments '.

On perdit Xavier Durrieu en 18G8 ; il s'éteignit à l'âge de cinquante-quatre ans, à Barcelone. Sans la présence de madame Durrieu et de quelques amis 2, il eût été bien dur pour le publiciste de Castillon de mourir loin de son pays, loin des siens, « loin de ces attaches, de ces liens moraux, pour lesquels on a dépensé toutes les forces de sa jeunesse et de son âge viril ». Quel que soit le charme de la gracieuse cité de Barcelone, si bien assise sur les flots bleus de la Méditerranée, « l'escalier de l'étranger, comme dit Dante, est dur à monter ». Toutefois, les Espagnols euxmêmes apprécièrent cette perte. Xavier Durrieu fit décider pour sa part plusieurs des chemins de fer de l'Espagne. C'est lui qui , dans les conseils, grâce à son ascendant, à son talent de persuasion, avait fait tomber bien des difficultés et assuré aux capitaux espagnols d'utiles débouchés.

Comment mourut Xavier Durrieu ? comment envisageat-il la transition de cette première existence aux choses inconnues qui se déroulent après le trépas? Nul ne le sait. Il y a bien du silence dans ce fauteuil funèbre qui vit les souffrances dernières d'un publiciste français. Pour nous, il nous suffît d'avoir rencontré dans les notes de X. Durrieu des pages admirables, consacrées à réfuter Strauss et sa lourde Vie de Jésus; il nous suffit d'avoir lu comment il partageait la doctrine de Lamartine sur le progrès appliqué à l'espèce humaine, pour entrevoir que Durrieu ne fît pas du scepticisme la dernière station de son âme. Je compte sur un homme qui, après avoir d'abord soutenu que l'indifférence

1. Note du sympathique M. Théodore Raynal, son collègue à rAssemhliV constituante de 1818.

-2. M. Th. Raynal, en particulier.

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