DICTIONNAIRE DES GIROUETTES
Anisson Duperron ; le comte d'Argout, gouverneur de la Banque; Àubernon, pair de France; l'abbé Auzou, de l'église de l'abbé Chatel; de Montalivet ; le romancier Balzac ; le baron de Barante ; le saint-simonien Barrault ; Barthe, pair de France ; le poète Barthélémy; de Bastard ; Baude ; Adolphe Blanqui; Boissy-d'Anglas; le comte de Bourmont; Capefigue ; Cousin; Casimir Delà vigne ; Ch. de Bemusat; Granier deCassagnac... que sais-je! tout le monde est girouette ou traité comme tel. Guizot est girouette; Victor Hugo est girouette ; car le Juvénal ariégeois le malmène singulièrement: « Nous aimons mieux, dit-il en 1842, voir M. Victor Hugo faire des vers que des lois. » Napoléon Gallois fit preuve d'un esprit vif et d'une véritable verve ; on regrette seulement ces travaux dépensés à critiquer des épisodes du jour et à ne jamais affirmer quelque idée secourable à la pauvre humanité. Néanmoins nous le tenons pour le Paul-Louis Courier du pays de Foix. Il a glorifié, à sa manière, l'Ariège qui fut son berceau. Au sujet de Napoléon Gallois, insistons sur notre avertissement préliminaire. On comprendra qu'à travers les haines que développent aujourd'hui la division des partis, les préjugés de secte ', la remise en question des intérêts et des situations, la vivacité du caractère propre aux régions méridionales, nous ne voulions accepter aucune solidarité dans les violences et les écarts, dans les altercations, auxquels la presse départementale échappe difficilement, lorsqu'elle traite les questions locales. S'il nous arrive de donner quelque attention à des destinées
1. Nous ne citerons qu'un seul point, pour montrer combien il est difficile de s'entendre. — Tandis que les catholiques se plaignent que de toutes parts on attaque ce qui tient à la religion et au clergé, un écrivain politique trouve, au contraire, que le cléricalisme est encouragé. (Article de M. A. Laisant, U-84.)
f>U I/ARIÈGK, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. X.
et des carrières d'Ariégeois qui n'en sont encore qu'au premier acte , nous n'avons point à prophétiser , nous L'avons déjà dit, sur ce que seront les derniers actes ; ce sera plus tard aux historiens du moment à exposer et à juger les choses et les contemporains. Pourquoi compliquerait-on notre fonction, déjà assez difficile, puisqu'il faut être l'homme de tout le monde, de tout le département? D'autre part, il n'est pas dans notre tâche d'expliquer pourquoi et comment l'on se fait journaliste, par quelles circonstances on trouve dans la presse tour à tour des avocats, des normaliens, des magistrats, des militaires, des médecins, quelquefois des ecclésiastiques; des journalistes d'occasion et des journalistes par goût.
Il est de toute équité, lorsque la critique traite d'un publiciste, d'un journaliste, de faire la part d'une influence sut generis que le journalisme exerce fatalement sur les écrivains. LaNémésis antique, ens'emparant de quiconque tient une plume dans le journalisme, ne le jette-t-elle pas momentanément hors de sa nature? Il en fut ainsi pour Napoléon Gallois. Qu'on ouvre la Biographie contemporaine des artistes du Théâtre-Français1 , que publia en 1867 notre auteur du Dictionnaire des girouettes, Napoléon Gallois y apparaît transformé et plein de bienveillance. Tout son esprit satirique a disparu. Ceux qui apprécient l'érudition appliquée à l'origine et l'histoire des théâtres, ceux qui s'intéressent à mesdames Mars, Rachel, Favart, Plessy, Arnoult, Brohan, etc., aux Régnier, Beauvallet, Bressant, Goquelin, Delaunay, Samson, Provost, Got, Monrose, etc., trouveront, dans l'histoire du Théâtre-Français de Gallois, des pages à la fois instructives, spirituelles et pleines d'une douce amabilité. Lorsqu'il s'agit de la grande
1, Notice de 106 pages, parue chez R, Tresse, Palais-Royal,
CAMILLE DE MARTRES DE L'ISLE. 61î>
tragédienne Rachel, Gallois n'est pas seulement équitable et sympathique, il est enthousiaste. On le lit avec charme, même après les Mémoires du docteur Yéron.
III. — M. Camille de Martres deflsle. — Certes, Napoléon Gallois n'aurait pas pu comprendre celui-ci dans son Dictionnaire des girouettes, comme il y a mis Jules Janin, Alphonse Karr, le général Pelet, etc. L'unité dans l'idée monarchique sera la gloire de la virile carrière de M. de Martres, qui depuis 1840, où il commence à combiner des idées, jusqu'à cette année 1886, n'a pas varié d'une ligne ; toujours semblable à lui-même, au milieu d'un sauve-quipeut général des opinions, et dans cette continuelle banqueroute des convictions politiques à laquelle nous assistons depuis 1814.
Il semble que M. de Martres, à la tête d'une raisonnable fortune, aurait pu céder à cette fièvre du gain à outrance qui a envahi tant d'esprits en ce siècle. Peut-être aussi aurait-il eu la tentation de se laisser flotter, comme un liège, sur les eaux dormantes de certaines indolences provinciales. Eh bien , non ! Notre gentilhomme saintgironnais a voulu, pendant quelques années, servir les intérêts publics, quand ces intérêts ont pu être menacés. Il a voulu tenir la plume du journaliste dans les rangs des conservateurs, au nom du royalisme le plus pur, et il a été sur la brèche en 1871, en 1872, 1873 et 1874. Après avoir donné des articles à Y Ariégeois, il écrivit dans le Conservateur !, où il envoyait, si nous sommes bien informé,
1. En 1871, après les élections, le parti royaliste put prendre la direction du journal V Ariégeois, ce qui dura jusqu'au 20 décembre 1871. — En mars 1872, le parti ayant rompu avec le propriétaire de Y Ariégeois, créa le Conservateur, qui vécut deux ans. Ce journal disparut le 19 avril 1874, parce que les fonds manquaient.
On nous apprend que M. de Martres envoya aux deux journaux plus de 200 articles.
f>Jf> L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. X.
deux articles par semaine, sous le pseudonyme d'Un rural. Nous n'avons pu nous procurer Ja plupart de ces articles; mais ceux que nous avons lus, nous ont fait retrouver le loyal admirateur de Berryer, le jeune étudiant en droit, l'ancien hôte de la rue La Harpe, à Paris, (en partie démolie) qui déjà, il y a quarante ans, professait un vrai culte pour les convictions et le talent de Berryer. Je ne sais s'il se souvient de son enthousiasme devant une explication du droit divin par le grand orateur de la droite, lorsqu'on voulait river l'absolutisme au droit divin : « L'absolutisme et le droit divin ! étrange et criminel rapprochement des principes les plus opposés ! Le droit divin ! mais c'est la liberté, c'est l'égalité entre les hommes, c'est l'éternelle loi qui les appelle à vivre en société, mais qui n'a point réglé les formes variables des sociétés politiques, dicté leurs constitutions, leurs lois intérieures ; qui n'a attribué à aucun homme une autorité propre et personnelle sur ses semblables. Bépubliques ou monarchies, s'écriait le jeune étudiant après Berryer, tous ces états, tant qu'a existé au fond des consciences une autorité plus grande que celle des lois même, plus puissante que le pouvoir humain, ont pu mettre sous la sauvegarde de la religion les lois fondamentales, les lois sanctionnées par une longue expérience, par les suffrages des siècles. »
M. Camille de Martres donne à ses concitoyens un exemple qui a une grande utilité dans la sphère provinciale. Le journaliste, le rural ûe 1871 à 1874, ne dit-il pas à tout bourgeois qui a des loisirs : « Vivez par l'intelligence; occupez-vous à améliorer, par les principes, les esprits et les cœurs autour de vous ; ne vous en tenez pas au mot trop résigné de madame de Lafayette : C'est assez que d'être ? »
Son bel article intitulé Boutades ; les nouveaux Impôts,