‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 39 sur 498 · A.VANT-PROPOS. UX · texte numérisé non relu

A.VANT-PROPOS. UX

dont il eut à raconter la vie, a tracé de Lakanal un portrait llatté, où Téloge pourtant ne va pas sans quelques réserves, réserves que l'impartiale histoire a le devoir d'accentuer. « Les hommes sont ce que les disposent à devenir leur nature « et leur temps; heureux ceux que leur temps grandit et ne « corrompt pas ! M. Lakanal ri était point destiné au rôle qu'une « révolution violente lui donna. Dans une révolution dont il « partagea encore plus les idées que les passions et les passions « plus que les excès, il se consacra principalement à défendre « les deux grandes causes de l'indépendance nationale et de « l'intelligence humaine, que menaçaient l'Europe coalisée et « la Barbarie démagogique: il parla quelquefois avec exalta- « tion, comme pour se ménager le moyen d'agir avec douceur. « M. Lakanal ri était pas dépourvu d'adresse dans son inflexibia lité, et ce qu'il avait voulu d'honnête ou accompli de généu reux, il ne s en souvenait pas sans orgueil, et ne rapprenait <( pas aux autres sans quelque ostentation...

« Il aimait à être agréable; on était tout surpris d'entendre « des paroles douces et flatteuses sortir de cette bouche sévère, « et de trouver un si grand goût de plaire avec un visage si « sérieux et sous un regard si défiant. L'expression contenue « de son visage venait des temps terribles où il avait vécu, et u ce qu'il laissait percer d'aimable et de bon à travers sa gra- « vite et sa rudesse venait de sa nature. »

J'ai sous les yeux une reproduction, fort médiocre d'ailleurs, d'un portrait de Lakanal, à l'époque de son retour en France, peint par mademoiselle Berriat-Saint-Prix : la bouche est en effet sévère et les yeux sont mauvais. C'est tout à fait la physionomie de l'homme d'église infidèle à ses serments, à la tête orgueilleuse, au cœur ulcéré. Les agitations profondes d'une conscience à laquelle on s'efforce d'imposer silence y transparaissent, la malédiction divine marque ce visage de traits indélébiles.

Lakanal mourut à Paris le 14 février 1845, dans sa quatrevingt-troisième année, laissant une femme encore jeune et un fils âgé de six ans. M. Charles de Rémusat, qui le connut, en parle avec moins de sévérité que M. Mignet et surtout e n termes moins amers que M. Ernest Allain. Ce dernier, du reste , a presque plaidé les circonstances atténuantes en sa faveur,

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