‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 397 sur 498 · M. ARISTIDE PESCAIRE · texte numérisé non relu

M. ARISTIDE PESCAIRE

VI. —M. Aristide Pescaire1, autre publiciste, est aussi une épée vaillante, qui semble avoir arboré le drapeau du radicalisme ou de l'intransigeance, non seulement dans les questions politiques, mais encore dans la sphère des opinions philosophiques, religieuses, sociales, artistiques, etc. Nous voulons dire qu'il y a, en ce fils de l'Ariège, un esprit qui recherche l'absolu.

Divers indices annoncent que M. Pescaire n'est qu'au début de sa carrière. Son accent, l'ardeur de ses convictions, l'impétuosité de ses allures sont les symptômes de la jeunesse, la marque de la foi d'un débutant, que n'ont point encore conduit à la circonspection les doutes qu'amène l'expérience. Mais, bien que jeune encore, M. Pescaire a donné des gages de son talent. L'Ariège attend de lui une oeuvre importante qui distinguera son nom et honorera la science.

Il y a, de M. Pescaire, des articles de journaux, des discussions sur la politique courante et sur les crises électorales, des articles de critique esthétique, enfin une série d'études sur la question qui passionne la génération présente, celle de la séparation de l'Église et de l'État ; séparation que l'on a demandée quelquefois dans l'intérêt de l'Église, mais qu'à l'heure actuelle généralement on demande contre elle 2.

Si l'on peut distinguer dans les convictions intellectuelles, ou plutôt dans leur manière de se manifester, deux

1. Il remplit d'importantes fonctions à l'école Monge, à Paris. Le père de M. Pescaire, ancien adjoint au maire de Tarascon, fut un des proscrits de décembre.

2. Quand on prononcera officiellement cette séparation, si on doit la prononcer, un publiciste du Voltaire et du Matin, M. R***, assure qu'on aura pris les mesures nécessaires, établies par des lois, c'est-à-dire une police des cultes; et un commentateur ajoute : « Nous savons ce que cette police des cultes, avec l'esprit du temps actuel, veut dire, par rapport à la légitime et nécessaire liberté des catholiques et de l'Église »,

628 L'ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. X.

classes, les placides et les aigries, les convictions de M. Pescaire appartiennent alternativement aux deux. La nuance de nos convictions tient-elle à notre tempérament, à des causes historiques, aux vicissitudes de nos familles, à quelque mystère qui fait entrer en vainqueurs dans nos cervelles tels systèmes plutôt que telles doctrines? Nous ne savons; mais l'on doit reconnaître une remarquable organisation de publiciste en M. Pescaire : sa plume est facile, féconde et pittoresque. Lutteur infatigable, il est prompt à la riposte dans la polémique. 11 a une force, sa netteté ; il sait ce qu'il veut et dit carrément sa manière de voir. Très sympathique aux nécessités populaires, il joint à ces dons ce qui n'est pas inutile, une véritable érudition classique; il connaît beaucoup les Grecs et les Latins, sans parler des littératures modernes.

Une controverse un peu prolongée sur la question des rapports des Églises et de l'État, a donné naissance à l'œuvre la plus étendue de M. Pescaire et révélé en même temps ce qu'il sait mettre dans les polémiques de grains de sel attique, quelquefois de ton véhément et de séduction persuasive, quand les matériaux et les points d'appui manquent par la force des choses. Voici, sur la séparation de l'Église et de l'État, la thèse construite par notre ardent journaliste, et qui a le mérite, sinon de la nouveauté des arguments, du moins de la franchise mêlée à la discussion. On sera frappé de la dialectique de M. Pescaire; car on sait que la dialectique est l'art de tirer des conséquences spécieuses même de principes faux, incertains ou contestables, tandis que le lot de la logique consiste à déduire les conséquences qui sortent nécessairement de principes généralement admis et consentis. Nous avons distingué cinq étapes ou échelons successifs dans

Page 1