‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 402 sur 498 · LA TACHE DE REFAIRE UN MONDE · texte numérisé non relu

LA TACHE DE REFAIRE UN MONDE

raliste croira nous délivrer aisément de cette dissimulation fatale provenant de la difficulté de vivre avec les autres, de

munie M. Fouillée, l'éminent philosophe, connue clérical, spiritùaliste et

mystique, et décrété que ses livres de morale élémentaire seraient à jamais exclus des écoles de la ville de Paris, par la raison qu'ils ne peuvent que rétrécir, abêtir et gâter l'esprit de nos enfants. 11 n'a pas ajouté, nous devons le reconnaître, qu'ils seraient brûlés par la main du bourreau devant la grande porte de l'Hôtel de Ville. Ne désespérons pas, cela viendra peut- être.

« Qu'y avait-il donc, demanderez-vous, dans ces petits livres de M. Fouillée, de si abominable et de si scandaleux ? Si vous avez jamais parcouru quelques-unes de ses études philosophiques, vous savez qu'il ne pèche guère par la timidité d'esprit et par un attachement trop* aveugle aux vieux préjugés. Il a brisé déjà assez d'idoles pour avoir mérité une assez belle réputation d'iconoclaste. Mais est-ce que les travaux de M. Pasteur désarment MM. Cat... et Nav...? M. Fouillée devait éprouver plus encore l'intrépide sévérité des pontifes nouveaux. Pour exciter leur colère et soulever leurs clameurs, un d'entre eux n'a eu qu'à ouvrir un de ces livres élémentaires et à lire les propositions suivantes : « Enfants, il y a quelqu'un qui est meilleur que votre mère, c'est celui qui vous a donné cette bonne mère; c'est celui qui vous adonné toutes choses; c'est celui qui a fait la terre où nous vivons et le monde entier, c'est Dieu. » Et encore : « Je ne sais rien, mais je voudrais m'instruire, devenir bon, aimer Dieu de tout cœur. En travaillant, j'apprendrai vite à lire. En priant Dieu, je deviendrai meilleur. » Là-dessus, le même libéral a tonné contre le Dieu de l'Université, qui ne vaut pas mieux que celui de l'Église; M. V*** a fait le procès du spiritualisme, plus détestable que toutes les autres superstitions, car il les engendre nécessairement. Un autre a jugé, ou que M. Fouillée n'était pas un vrai philosophe, s'il avait écrit sincèrement de telles idées, ou qu'il était un hypocrite, s'il les avait rédigées n'y croyant pas. Bref, le procès a été instruit, plaidé et jugé séance tenante. M. Fouillée a été condamné à faire pénitence pour ses hérésies idéalistes et mystiques, et ses livres sont proscrits des écoles de la bonne ville de Paris, qui a le privilège incomparable de posséder, pour veiller sur ses croyances et ses mœurs, un clergé si vigilant et si ferme.

« Nous devons ajouter que M. Fouillée n'a pas été condamné seul ; l'administration préfectorale et la direction de l'instruction publique l'ont été encore plus que lui. Celle-ci a été convaincue d'avoir favorisé le développement de l'hérésie spiritùaliste en ne mettant pas uniquement dans les écoles des livres matérialistes et athées. Elle a bien essayé de se défendre et elle a donné quelques arguments qui ne manquent pas de valeur. Elle a essayé de faire comprendre au terrible conseil comment se faisait le choix des livres scolaires. L'administration n'y est pour rien. Ce sont les instituteurs eux-mêmes, réunis en conférence, qui dressent la liste, laquelle est revue par une commission composée de l'inspecteur d'académie, des directeurs et directrices d'écoles normales, etc., et qui est seulement chargée de veillera ce que la loi ne soit pas violée. Quoi de plus sage, de

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cette hypocrisie, modus videndi de tout groupe restreint ou général? L'engouemeni moderne pour La laïcisation, sécularisation à outrance, annexe naturelle de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, n'est peut-être pas aussi rationnel qu'on le pense, puisqu'à propos du besoin universel d'émancipation on ôte à la force humaine, impuissante à elle seule, le concours de la force céleste, pour purger la terre, autant qu'il se peut, des scories de l'inévitable hypocrisie de l'homme social.

VII. — En dehors de la sphère brûlante des discussions politiques, n'y a-t-il point bien des routes dans lesquelles M. Pescaire parait vouloir s'engager? Nous croyons qu'il fuira l'ornière boueuse où s'agitent les vaines turbulences de l'esprit de parti, et qu'on le verra employer ses heures laborieuses, à laisser une œuvre consistante et utile. Attendons-nous à de nobles suprises, s'il s'attache à l'histoire naturelle, à la philosophie, s'il consacre des recherches à

plus démocratique et de plus libéral? En ce qui touche les livres de M. Fouillée, le directeur de l'instruction primaire a montré qu'ils étaient de tout point conformes au programme arrêté par le conseil supérieur de l'instruction publique et sanctionné par le gouvernement. Ces arguments auraient dû sauver, nous semble-t-il, et l'administration el M. Fouillée; ce sont eux qui les ont perdus. Quoi ! s'est-on récrié de toutes parts, l'administration prétend qu'elle doit obéir au gouvernement, aux instructions ministérielles, à la loi du pays, au lieu d'obéir uniquement aux ordres du conseil mnnicipal! On lui fera savoir qui est le maître souverain, ou du gouvernement ou du conseil. Quoi! M. Fouillée se permet d'avoir une autre philosophie, d'enseigner une autre morale, d'avoir des idées autres que celles de la majorité du conseil municipal! On lui montrera comment une juste autorité sait punir une telle indépendance d'esprit et de tels exemples de licence. 11 faut nous résigner, mes frères, ou envoyer nos enfants ailleurs. Encore n'est-ce que pour un temps. Notre conseil municipal, comme l'Église, tolère ce qu'il ne peut empêcher; mais, pas plus que l'Église il n'admet qu'on ait le droit de pervertir ou de dessécher le cerveau ou le cœur des jeunes générations. 11 attend le jour où il sera le maître souverain, et où il pourra décréter avec sanctions efficaces la seule foi et le seul catéchisme hors desquels il n'y aura de salut pour personne. Quelle chose admirable, pourtant, que la liberté de penser que nous laisse ou nous prépare ce qu'on appelle ;ï l'Hôtel de Ville la libre pensée! »

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