‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 405 sur 498 · Ibid., 3 mai · texte numérisé non relu

Ibid., 3 mai

640 I/ARIÈGE, IVe PARTIE (mite ci fin), CHAP. X.

tains caprices d'une mode à laquelle chacun paye son tribut, mode qui fait subir l'empire des mots, tels que les mots progrès, humanité; le temps les a guéris de la logique des principes abstraits, logique si inexorable. L'absolu ou le principe abstrait , — principe démocratique ou autre , — n'a-t-il point quelque chose de trompeur, de perfide et de faux en ce qu'il est abstrait, et qu'il donne sous prétexte d'évidence la tentation de réclamer des droits prématurés, de s'appliquer indifféremment à des époques, à des milieux, à des conditions de société et de gouvernement fort diverses? Nous croyons que le temps désenchantera M. Pescaire de la logique des théories absolues, et par conséquent de leurs exagérations. Nous croyons, s'il continue à chercher sa voie dans le journalisme, qu'avec l'intelligence et le goût de la liberté, cet Ariégeois pourra tenir le sceptre de la critique dans la presse parisienne.

Toutefois, avec les facultés de haut vol que semble annoncer l'intelligence de M. Pescaire, il vaudrait peut-être mieux, nous l'avons dit, qu'au lieu de s'émietter dans le journalisme, il se consacrât à une œuvre de longue haleine. Déjà cet esprit tourne autour du célèbre principe des nationalités qui joue un rôle si important dans notre Europe. Le critique ariégeois va peut-être faire passer la politique de l'état empirique à l'état scientifique, pour arrivera la détermination des principes sur lesquels doit reposer le gouvernement des sociétés. La démocratie rêvant, à certaines heures, de faire de l'Europe une seule nation parlant la même langue, ne nous étonnons pas que ce noble sujet d'étude tente les méditations de M. Pescaire. L'Europe, une seule nation ! cela se pourrait-il ? Est-ce une chimère ? Serait-ce un progrès? N'est-ce pas la question des nationalités, mal connue, mal étudiée, qui cause aujour-

TROIS DONS. fiV!

d'hui, s'il faut en croire M. G. Novicow1, le malaise dont souffre toute l'Europe? M. Pescaire nous le dira un jour, comme il nous dira ce qu'il pense d'une production des radicaux allemands, portant ce titre : les Mensonges conventionnels de notre civilisation2.

On saura gré au radical ariégeois d'apporter des œuvres marquées au coin de la clarté et du bon sens français. Avec des vérités, que d'affirmations déclamatoires, sans autorité, chez l'humoriste allemand qui maudit la civilisation ! M. Pescaire semble préparé à ces travaux d'élucidation et de réfutation. Trois dons le distinguent: le don d'observation des chercheurs; la précision de l'analyse française; enfin, une verve intrépide pour aborder les sujets.

On a pu voir dans le Réveil du Saint-Gironnais divers articles écrits par lui ; et malgré le sujet traité qui nous tenait de près et dans lequel nous avons trouvé, à propos de nos livres, la loyauté de l'éloge, à côté de la critique consciencieuse et convaincue 3, nous croyons être en droit de nous prononcer sur cette intelligence et sur sa haute virtualité. Nous ne disons point qu'il n'y ait à tempérer quelques impétuosités de forme, des exagérations et des audaces d'idées, que toutes les écoles et toutes les doctrines ne sauraient approuver, que quelques-unes devront

Page 1