LXII AVANT-PROPOS
médiatement, comme simple agent d'évaporation. Toutefois, il faut savoir gré à un Ariégeois de s'être hasardé dans ces problèmes délicats de la formation des vents et des mouvements de l'air, qui ont tenté aussi la sagacité chercheuse de Mgr l'évêque de Pamiers. M. Lazerges est un homme instruit, progressif, qui utilise ses propres lumières au profit de l'avancement des sciences. C'est pourquoi on ne doit point s'étonner que les observateurs et les critiques parisiens aient saisi au passage son nom et son œuvre r
Reste un poète qui est venu grossir la phalange de ces oiseaux chanteurs, que le printemps ariégeois fait éclore, poète dont nous apprécions, dans le corps de ce volume, les œuvres de prose, M. l'abbé Firmin Rauzy. C'est, en ce dernier moment où nous écrivons notre avant-propos, que les poésies du publiciste d'Albiés nous sont remises; et nous nous apercevons de suite, qu'on peut parler de ce nouveau poète : 1° au point de vue national, 2° au point de vue départemental.
Au point de vue national, nous devons appeler l'attention sur la publication de M. Rauzy, parce que si c'est par le manque d'attention aujourd'hui que les poètes souffrent et périssent (Sainte-Beuve, Causeries du lundi), c'est par ce manque d'attention aussi que le trésor des provinces s'éparpille et n'est point apprécié à sa véritable valeur. Or, au point de vue national, il faut s'applaudir de chaque acquisition nouvelle dans la pléiade lyrique ou dramatique du pays; et c'est le cas, depuis que nous avons vu pa-
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raître les Poésies romantiques, religieuses et satiriques*; car un poète, n'est-ce pas une âme qui se reflète elle-même avec les accidents de sa vie, avec ses impressions, et si ce n'est avec ses animosités, ses rancunes personnelles b, du moins avec ses indignations patriotiques et généreuses,1 ses tendres souvenirs des amis, des maîtres et des compagnons regrettés et pleures? H y a sans doute des degrés parmi nos poètes nationaux; mais, quoi qu'il en soit de la place hiérarchique, l'Ariège présente à la France des fabulistes avec Vigarosy, des lyriques avec Raoul Lafagette, Firmin Rauzy, des dramaturges avec Latour de Saint- Ybars. A travers des nuances qui varient, nos poètes ariégeois ont essayé de mettre dans la circulation quelques-unes de ces pensées ou de ces paroles convenables aux grands moments de la vie ou de la destinée ; ils ont trouvé quelques-unes de ces notes de la passion, qui restent. Qu'on parcoure, dans les Poésies romantiques, religieuses et satiriques, l'un des morceaux suivants : YAriège, Rêves de bonheur, Petite fleur du souvenir, la M esse, Mon plus beau jour, l'Ange de la charité, etc., l'on sera bientôt convaincu qu'on est en présence d'un poète, c'est-à-dire d'une âme qui prête à toute âme sa langue pour bénir, pleurer, se repentir, espérer, chanter. Il y a, dans l'œuvre poétique de l'écrivain d'Albiès, plus d'une manifestation de l'éternelle sensibilité humaine; il y a plus d'un passage où le
a. Un volume in-8° de H 2 pages; Toulouse, Ed. Privât.
b. Comme Dante, V. Hugo, Barbier* etc.
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barde ariégeois dit de ces choses qui relèvent le cœur de lapauvre humanité. Les indignations et les ironies sur les affaires publiques, indignations secourables aux âmes qu'étouffent la marche et la tournure de certaines évolutions politiques, ont elles-même une place dans le recueil poétique du chantre d'Albiès. Victor Hugo, dans ses Châtiments, a représenté cette classe de citoyens que le coup d'État de 1851 maltraita. On sent, dans les Poésies satiriques de M. Rauzy intitulées Je Siècle, le Progrès, le Candidat politique, la France et les Politiciens, le Préfet et la Puce, l'écho des plaintes indignées que provoque la guerre contemporaine aux institutions religieuses voilée sous le mot perfidement élastique de cléricalisme.
Au point de vue national, il faut surtout dire labienvenue àun poète, qui explicitement ou implicitement rappelle aux esprits inquiets, aux âmes endolories, les vieilles certitudes sur une autre vie, la légitime attente d'une vie meilleure. M. Rauzy n'est pas un oisif ciseleur de mots, ni un de ces insouciants cruels qui piétinent sur nos grandes croyances, sur nos dogmes de l'immortalité de l'homme; ce n'est pas seulement un contemplateur armé de couleurs et de sons. C'est une âme qui pense, croit, aime, et qui sait rattacher cette vie si courte, si amère à la vie qui se prolonge sans fin. Il a le sentiment de la mission des vrais poètes, qui est de chanter et non d'amoindrir les grandeurs de l'humanité. Hélas ! Que fait donc une certaine fraction de ce que le romancier russe en vogue, Tolstoï, appelle avec ironie « la science scientifique » ? Pourquoi sommes-nous