‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 410 sur 498 · M. Ernest Joffrès, avocat au barreau do Foi · texte numérisé non relu

M. Ernest Joffrès, avocat au barreau do Foi

2. C'était une pbilippique (l'une logique accablante pour certains procédés de l'Empire, malheureusement renouvelés, peut-être aggravés, sous d'autres régimes.

3. Toute la presse de Y Ariège el le Petit Républicain de Toulouse ont exprimé des regrets sur la mort de ce compatriote aimé, enlevé à .">6 ans, qui avait courageusement rempli ses devoirs civiques, et qui, après avoir quitté la politique militante se consacrait à ses devoirs de famille et de citoyen.

4. Nous avons vu nous-niéme quelle influence eurent, à Paris, la Quotidienne de 181") ;ï 1830, le National en IK Irt el la Lanterne en 1870.

VICTOR PILHES. 647

naître en Victor Pilhes, suivant les uns, le fanatisme et l'exaltation de l'idée politique, suivant les autres «l'énergie révolutionnaire, le courage indomptable du lutteur le plus rude et le plus ferme que la démocratie ariégeoise ait produit ».

Victor Pilhes, ami de Martin Bernard, de Blanqui, de Ledru-Rollin et de Proudhon, a joué un rôle principal à deux époques, à l'échauffourée du 13 juin 1848, et au 3 septembre 1870, quand Paris substitua la République à l'Empire.

Ledru-Rollin avait protesté à la Chambre contre l'expédition de Rome, et, tendant la main à la république italienne que la France défaisait à Rome, il s'écria : « Nous défendrons la constitution violée, même par les armes. » Ce mot fut le signal de la lutte dans la rue, signal qui ne fut pas suivi. Beaucoup s'abstinrent par prudence, Pilhes n'hésita pas, il vint dans la rue, son écharpe de représentant en sautoir. Il appela aux armes, puis il suivit Ledru-Rollin au Conservatoire des arts et métiers.

Résistance inutile. On n'était pas en force \ Le Conservatoire fut cerné par les troupes. Victor Pilhes poussa malgré lui Ledru-Rollin par une fenêtre, — il fallait sauver le chef, — cela fait, Pilhes attendit courageusement avec les autres montagnards qu'on vînt les fusiller. Ils furent conduits à la Conciergerie par des sous-officiers qui les suivaient avec le fusil, prêts à faire feu au moindre signe d'évasion.

Venons au 3 septembre 1870, quand la triste nouvelle du désastre de Sedan était pour ainsi dire dans l'air. Une manifestation imposante se dirigeait de la Madeleine vers la Bastille, avec le cri répété de déchéance. Pilhes, réuni à Oranger, — celui qui, le lendemain, envahit le Corps législatif et en chassa le président Schneider, — ne put

l. A- KV-seaire, dans la République de VAHège du 5 novembre 1882,

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s'empêcher de se mettre au premier rang. Il était sorti armé, ayant sans cloute le pressentiment des événements.

La manifestation fut tout à coup arrêtée par la brigade du poste Bonne-Nouvelle, qui chargea au pas de course, l'épée nue à la main ; Pilhes, sortant son revolver, ajusta rapidement et fit feu.

Un agent tomba, blessé à la cuisse ; on laissa alors passer la tête de la manifestation !.

Nous ne résisterons pas au besoin de citer une lettre de Victor Pilhes du 22 mai 1880. On lui demandait sa manière de voir sur la question des candidatures politiques dans l'Ariège, en vue de la prochaine période électorale. Il n'eut qu'à répondre, conformément à ce qu'il avait toujours pratiqué lui-même, d'accord avec ses principes, dans sa longue carrière politique. Voici ce qu'il écrivit à l'écrivain démocratique, au compatriote, qui le consultait.

Toute candidature devant le suffrage universel, quelle qu'elle soit, doit être l'expression de la pensée générale, qui reflète les aspirations et la volonté des électeurs.

Un candidat n'a, selon mes idées, le droit de se présenter au corps électoral, que lorsque celui-ci l'a suffisamment indiqué et désigné même. Agir autrement, comme je vais le dire tout à l'heure, c'ist tomber non seulement dans le ridicule, mais en quelque sorte insulter à l'opinion publique. Dans une pratique contraire, condamnée d'avance par le bon sens et la pudeur, le candidat qui s'impose à l'opinion publique par des procédés que l'iionnételé et la justice réprouvent, qui, par la ruse, le. mensonge et la mauvai>e foi, par l'intrigue et la calomnie parvient à fausser l'esprit public, celui-li n'est a mes yeux que le candidat indigne, que tout patriote sincère a pour devoir de flétrir et repousser. Combien d'exemples n'aurions-nous pas à signaler, acquis par une expérience déjà bien longue, à la honte pour ainsi dire du suffrage lui-môme !

Vous le voyez, mon cher compatriote, lout mon passé témoigne de mon aversinn pour ceux qui, dans une basse ambition, ne reculent devant aucun moyen pour atteindre leur but.

Que l'opinion, préalablement préparée et mieux éclairée, se manifeste et s'affirme en faveur d'un candidat quelconque, jugé digne d'avance de la représenter, alors seulement ce candidat en harmonie avec les vrais principes de la démocratie, peut avec droit manifester au corps électoral ses

1. Récit de Granger et Cournel dans l'Avenir de l'Ariège du li septembre 1884.

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