CYRILLE LAFFITE
aspirations et ses sentiments, ses espérances et ses résolvions fondées, légitimes.
A ce double point de vue, j'ai ou toujours en horreur et je hais aujourd'hui plus que jamais toutes manœuvres qui procèdent d'une basse ambition appuyée sur la ruse, la duplicité, le mensonge et la calomnie.
Tels sont mes sentiments, que je vous expose en toute franchise.
Agréez, etc. V. Pilhes.
Cela est simple, droit, honnête.
M. Cyrille Laffite1 est aussi un combattant de la presse qui mérite une page. Il donna des articles aux journaux, étant fort jeune, et pendant qu'il débutait dans la carrière de l'enseignement2. Toutefois, après s'être partagé entre le journalisme et le professorat, M. Laffite se voua entièrement à la presse, vers 1 860 3. Nous comprenons que des hommes de talent consacrent toute une partie de leur vie à écrire pour la publicité. Si les crises diverses qui ont ballotté successivement nos destinées entre les licences de l'anarchie et celles de l'arbitraire, proviennent en partie de l'impulsion donnée aux passions par cette nouvelle venue, par ce quatrième pouvoir de l'État, la presse, ne faut-il point que des hommes instruits, des hommes de mesure et de sens pratique se dévouent pour
1. Né à Saurat vers 1824; mort en 1884. — J'ai suivi, en 1838, le cours de théologie morale de M. Laffite [Michel), oncle du journaliste, archiprètre de la cathédrale de Pamiers et professeur au grand séminaire. Cet oncle avait la réputation d'un théologien distingué. Son érudition était considérable. Sansêtre doué d'une grande profondeur d'analyse, il savait trouver les décisions du bon sens dans les questions obscures sujettes à des solutions contradictoires.
Parmi tant d'hommes studieux ou versés dans quelque spécialité que Saurat a produits, nous pouvons citer aussi, dans la même maison, M. Laffite {Numa), actuellement directeur de l'asile d'aliénés à Pau, chevalier de la Légion d'honneur.
2. 11 était professeur au collège de Foix à l'âge de 22 ans, et il écrivait déjà, dans ses moments de loisir, des articles fort appréciés dans l'Ariétjeois. M. Laffite devint ensuite professeur au lycée Henri IV, à Toulouse.
3. Il vint se fixer à Foix en 1860, pour rédiger le journal VAriégeois, qu'il quitta en 1863 pour entrer à la préfecture en qualité de chef de division.
OliO I/ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. X.
travailler à contenir une puissance si terrible quand elle est désordonnée, et pour corriger cette institution sociale du journal, en renfermant dans les bornes de la modération ? M. Cyrille Laffite était un des mieux organisés pour exercer dans le journal une puissance modératrice; il a été un homme de travail1, avide de savoir; nul ne s'est occupé plus que lui d'histoire locale. Il a voulu connaître le département de l'Ariège, considéré dans ses origines, dans son passé comme dans son présent. Avec cela, grand ami du progrès social, de l'ordre, de la liberté ; n'apportait-il point, par conséquent, un précieux concours pour faire de la presse ariégeoise une presse marquante et respectée? Si l'on ne peut vouloir que la presse devienne un privilège, un monopole, encore moins une esclave, une muette, une servante bâillonnée ou vendue, on doit désirer qu'il se forme une sorte de société de tempérance, appliquée à des visées nobles et élevées, donnant au journalisme le ton de la correction, du goût, de la politesse et de l'esprit de modération et de justice. Le passage de l'auteur du livre FAriège2 dans la presse départementale, n'aura pas peu servi à rendre le journal à sa moralité, aie faire rentrer dans la glorieuse carrière de haut enseignement qu'il est destiné à parcourir dans sa mission civilisatrice. Mais pour rendre de tels services, M. Laffite a employé les moyens efficaces. La nature l'avait doué d'un esprit
1. Nous ne voulons pas dire qu'il n'y ait eu dans cet homme des tempêtes intellectuelles. Séduit par les nouveautés de 184H, le jeune et ardent professeur vit pour un temps tomber peu à peu les fruits de son éducation première, qui avait été chrétienne. « L'esprit universitaire, qui devint forcément le sien, était non seulement libéral, mais radicalement naturaliste même voltairien et franc-maçon. » [Le Réveil de IWriège du H septembre 1884.1
2. Ce livre n'est qu'un aperçu des nombreuses notes recueillies par M. Laffite. Nous en avons parlé au tome I" des Archéologues, au\ chapitres sur l»'s historiens.