MICHEL LAFFITE, LE THÉOLOGIEN
pénétrant, il s'est adonné à l'étude ; il a cultivé la science.
Outre l'optimisme en politique, optimisme de politiciens légers qui ne peuvent que préparer le malheur des peuples, M. Laffîte a combattu la disposition contraire, celle du pessimisme qui paralyse les âmes et neutralise l'activité du pays . Qu'on parcoure les 274 pages si nourries de son Allège. En même temps qu'il résume, canton par canton, l'historique du département, il nous fait respirer dans un milieu de sérénité. M. Laffîte affirme la vitalité ariégeoise. Toutefois, en considérant dans son ensemble l'individualité du publiciste de Saurat, on se sent en compagnie d'un esprit qui ne se renferme pas purement dans l'horizon provincial, qui ne se désintéresse point des questions générales, par exemple, de la question des races latines, ni des deux grandes unités du germanisme et du slavisme, dont se préoccupait Montesquieu. Positiviste dans le vrai sens du mot, M. Laffîte n'oublie pas que, sans trop se laisser aveugler par le mirage des alliances de courtoisie, il faut qu'un journaliste s'inquiète de connaître à fond la situation actuelle des peuples européens, et suive d'un œil attentif la marche des nations qui nous avoisinent, race allemande, race slave aussi bien que race latine.
Voici ce que disent ceux qui l'ont vu de près, et qui ne dissimulent pas l'attachement de Cyrille Laffîte à l'Empire, après les effervescences républicaines de jeune homme en 1848:
« Cyrille Laffîte rédigea YAriégeois et contribua à faire aimer l'Empire dans son département. On y vit son talent, qui n'est pas encore oublié. Il avait de l'instruction, des vues larges que servaient une élocution facile, une phrase riche, ondoyante et serrée. Les notions de théologie qu'il avait un peu puisées dans son éducation, et des études plus étendues de droit civil s'ajoutant à ces qualités natives, il
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peut être signalé comme un des bons écrivains de cette époque dans le journalisme de notre Midi1. »
M, Cyrille Laffîte, chef de division, se montra administrateur et fit face aux difficultés nombreuses de son ressort ; si bien que, dans sa sphère, il est demeuré, avec M. Videt, un des fonctionnaires les plus considérables de ce tempslà. On n'oubliera pas « cette parole imposante et féconde, cette aptitude à toutes les questions, cette grande faculté d'assimilation, son air majestueux et sévère et cette honnêteté, enfin, qui lui a permis de mourir sans richesse et constamment honoré 2 ».
Nous avons connu (puisque nous avons été son élève) l'un des oncles de Cyrille Laffite , qui professa la théologie àToulouse et à Pamiers, non sans distinction. Un peu appesanti par une infirmité, et aussi par l'âge — c'était en 1837 — il nous offrait un contraste piquant en sa personne, celui de la lourdeur du corps et de la dextérité de l'esprit. Lent à s'exprimer, à faire évoluer ses idées, ayant beaucoup d'analogie, pour la stature physique et la physionomie, avec l'illustre cardinal Guibert, hier encore archevêque de Paris, le théologien de Saurat étonnait ses auditeurs par la finesse et la joyeuse pénétration de son bon sens. Nous surprendrions beaucoup l'auteur de Germinal, si nous racontions que le professeur de théologie, M. Michel Laffite ressassait, il y a près de 50 ans, devant déjeunes élèves, mais dans un autre langage, les révoltes auxquelles aurait droit de se livrer tout travailleur, dans la cruelle et noire hypothèse du matérialisme actuel. Il n'y a pas en ce monde que la section des peintres, dans la personne du peintre Claude de M. Zola3, qui pousserait ce juste cri : « S'il n'y a point d'immortalité,