Le Réveil de la même époque
:{. L'Œuvre, par Emile Zola.
JULES PEUVERGNE. 653
le génie, le travail, la souffrance, la vertu, ne sont que duperie! » M. farchiprètre Laffîte était superbe sur la question du bien, du mal, et de la morale, il étendait ses généralisations sur cette masse d'individus méritants de tous les siècles, « toujours refusés , comme certains peintres, et bafoués par des confrères envieux et par les imbéciles. »
X. — Mais voici encore dix-huit à vingt autres publicistes ariégeois qui frappent à notre porte, presque tous journalistes militants. Faisons défiler leurs noms, tous poudreux encore de la poussière de la bataille, redisons-les avec le laconisme des bulletins de la grande armée.
M. Jules Peuvergne. — Homme jeune, actuellement rédacteur en chef de la Démocratie de l Ariège. Il a fondé le Midi métallurgique, qui se publie à Foix; il a rédigé aussi le Pamiers républicain , qu'on imprimait à Pamiers1. Il en est qui, commençant par le mépris pour le journalisme militant, finissent au contraire par s'attacher avec une vraie passion à cet emploi du talent et de l'activité intellectuelle. Nous ne savons comment a commencé M. Jules Peuvergne, mais il est certain qu'il possède, — nous l'avons entrevu par de rares aperçus, — l'étoffe d'un vrai journaliste et ne fera que grandir. Il n'a pas dit comme Fauteur mordant des Quatre Coins de Paris, Léon Ghapron : « Moi écrire ! à quoi bon? un gazetier de plus ! il y en a déjà trop ! » La vie du journal n'exclut pas les travaux sévères, il les réclame au contraire, si l'on fait carrière du journalisme. Que M. Jules Peuvergne s'at-
1. Le Pamiers républicain devait devenir la Démocratie de V Ariège, en 1884, la Démocratie illustrée, en 1886. M. Jules Peuvergne est aussi le secrétaire de la rédaction au Midi industriel, organe spécial des intérêts matériels du Midi et du Sud-Ouest; il y donne des articles scientifiques et techniques sur les questions qui intéressent l'industrie, le commerce et l'agriculture de la région.
t..)'. L'ARIÈGE, IVe PARTIE [suite ei Jin), CHAP. X.
tache à préserver notre presse départementale de la dégénérescence qu'amènent l'avilissement des polémiques et l'échange des grossièretés et des injures personnelles. Il semble l'avoir promis dans le Pamiers républicain du 30 septembre 1883 : « Notre journal sera un journal de lutte courtoise et digne. Il respectera ses adversaires, ne s'engagera pas dans des querelles de personnes. »
Toutefois, lorsqu'on ouvre la collection du journal la Démocratie de VAriège [Pamiers républicain transformé), période de l'année 1884 tout entière, on s'aperçoit des luttes incessantes auxquelles s'est trouvé acculé M. Jules Peuvergne par les circonstances, questions électorales, élections municipales ou communales de Pamiers, élections des délégués sénatoriaux. Croyant d'abord qu'il ne serait tenu qu'à un rôle placide d'exposition de doctrines et de principes, notre intransigeant s'est vu engagé dans des discussions locales quotidiennes, et il a dû poser son programme qui est celui d'une politique absolument radicale. « Il y a une lutte implacable de partis, dit-il : d'un côté l'opportunisme ofûciel , de l'autre la république vraie. » « Si la personnalité du rédacteur en chef de la Démocratie a été quelquefois en vue, elle ne s'est produite que dans les moments les plus difficiles, aux postes les plus périlleux, sans souci d'intérêt, et pour faire face aux ennemis de la république1 » . Il déclare que « les républicains de l'Ariègene tremblent pas, qu'ils vont droit à l'ennemi, et que si on mange du républicain, on en meurt2 ».
M. Jules Peuvergne, qui a l'œil et l'oreille à tout, nous rappelle un peu, par son activité, le temps de ces vaillants journalistes, les Armand Carre! , de Girardin, P. Pages de
1. Voir la Démocratie de VAriège, chronique ariégeoise, Explications nécessaires (fin de décembre 1884).