QUI EST SANS MOT D'ORDRE
M. Peuvergne ne vont ni des importations anglaises, ni clos importations américaines. 11 veut qu'en France nous restions Français. Comment, en cela, le blâmer?
Nous n'avons à suivre M. J Peuvergne ni dans la position qu'il a prise entre les chrétiens et les non-chrétiens !,ni dans la crise économique, ni dans la question ouvrière. Qu'un publiciste se décide entre les autoritaires et les libéraux, on ne voit pas trop clairement pour cela si son attitude est absolument logique, et s'il ne s'est pas égaré, comme des milliers d'autres, dans de funestes malentendus. Les droits de la science pure ! Soit. — Les droits de la science libre, de la libre recherche, de la science qui ne reçoit le mot d'ordre de personne ! Soit. — Mais qui donc ne reçoit aucun mot d'ordre? N'y a-t-il aucun mot d'ordre dans la famille, dans la tribu, dans la cité, dans l'État, dans les républiques, dans les monarchies, sous les drapeaux du libre examen, comme sous les tentes des autoritaires? Qu'est-ce qu'un programme révolutionnaire? Qu'est-ce qui fait la base de toute association, de tout groupe politique, de tout journal? Pourquoi celui-ci jure-t-il par Michelet, celui-là par Edgar Quinet, cet autre par Gambetta, par Blanqui, etc.? La fantasmagorie, indépendamment de toute civilisation, ne plane-t-elle pas, pour les trois quarts, sur toute la fourmilière humaine ? — Mais Jules
1. On sait le sens que les penseurs non chrétiens attachent aux enterrements civils, ce qu'ils veulent quand ils isolent de la sorte le défunt des cérémonies chrétiennes. Le cimetière devient une école, un amphithéâtre, un forum, et le cadavre une tribune de guerre. 11 est bien pénible, pour les croyants, d'y entendre donner pour le grand idéal de la vie, quant à son meilleur usage, l'application à mériter un bel enterrement. Sans doute, le publiciste ariégeois qui a employé cette formule, et dont M. J. Peuvergne vénère l'expérience, a voulu dire que la beauté des enterrements civils répondra à la beauté des vies pures et honnêtes. Mais quoi de plus étrange déjà que ce rapprochement de mots et de formules : le meilleur usage de la vie... mériter un bel enterrement? (Voir le discours de M. Amie] sur la tombe de M. Osmin Rousse, décembre 1884.) vi. 42
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Peuvergne a été jugé par ses pairs : « Il a la perception prompte, le coup d'oeil juste, une facilité prodigieuse de plume et une habileté audacieuse de tactique qui étonne et confond les plus expérimentés1. »
XI. — Ernest Escande-Voltan'2. — Nous avions tracé sur ce publiciste ariégeois, avant 1886, les lignes suivantes :
M. Escande-Voltan a eu, comme journaliste, son heure de fortune ; ses articles de presse étaient de ceux qui se font lire dans tous les camps, parce qu'ils portent le cachet authentique d'un beau talent. Pourquoi le publiciste ariégeois a-t-il disparu comme un météore? bailleurs, avec le goût littéraire, avec une saveur de personnalité méridionale, il avait le savoir-vivre. M. Escande-Voltan semblait dire, comme M. de Cormenin autrefois : « Je n'ai jamais haï personne, et ne puis comprendre comment l'on ne pourrait pas parfaitement s'estimer et même s'aimer, à cause que l'on ne partage pas les mêmes opinions religieuses ou politiques. » C'est indiquer que le publiciste de Rieux n'est ni pour l'outrance des idées, ni, dans les rapports habituels de la vie, pour un trop grand américanisme de manières. Il est de cette période du journalisme français où les polémiques pouvaient aller jusqu'aux coups d'épée, mais non jusqu'aux injures ignobles. Il n'admettait pas davantage que, lorsqu'on a l'honneur d'écrire dans un journal, la politique puisse couvrir de son pavillon banal une marchandise littéraire, médiocre et pauvre.
On a pu dire qu'en politique la meilleure des lignes pour un écrivain de gazettes était de n'en pas avoir. M. Es-