Edouard Descola, dans YÉcho pyrénéen d'août
•2. Maire de Rieux (Ariège), membre de la Société de géographie <\r Toulouse. Il écrit dans les journaux de Paris, de Toulouse ci dans ceux de l' Ariège.
M. ERNEST ESCANDE-VOLTAN. 659
eande-Voltan ne pouvait souscrire à un programme qui conduit au protéisme. C'est pourquoi, lorsqu'il a fondé luimême les Annales de FAriège, semaine démocratique1, il ne dit pas seulement — avec tout l'esprit du monde — ce que c'est que fonder un journal, à quelle lourde et périlleuse besogne on se résigne, il fait aussi sa profession de foi dans une langue abondante dont il faut reconnaître l'élégance. 11 est de l'école humanitaire philanthropique, attachée à détruire les barrières qui empêchent les peuples de s'unir dans un commun amour ; il est, nous dit-il, « du grand parti qui fait se rencontrer dans une même communion Ànacharsis Clootz et le doux gallo-romain Bernardin de Saint-Pierre » .
A la manière dont M. Escande-Yoltan aborde toute question, à l'instinct qui le dirige vers les idées généreuses, chevaleresques et justes2, ou vers les entreprises vastes et dignes de la grandeur nationale3, on devine quel publi-
1. Les Annale* df> VAriège ont vécu du 29 avril 1884 au 27 mai de la même annéfi. Elles ont cessé après le quatrième numéro, probablement parce que les fonds sur lesquels on comptait ne sont pas arrivés, ou pour une autre cause. On avait adopté la forme d'une revue in-4°. On eût pu aisément relire plus tard la collection du recueil, réunie en volume.
2. Dans une pétition à la Chambre des députés, M. Escande-Voltan demandait : 1° l'abrogation de la loi du 6 frimaire an VII ; 2° rentretien aux frais de l'État des bacs desservant les routes nationales, départementales et les chemins vicinaux, et l'entretien par les communes des bacs établis sur les chemins ruraux. M. Escande avait déjà rompu plus d'une lance sur cette question historique du privilège seigneurial d'établir autrefois un bac, et de percevoir la rétribution du passage.
La commission de la Chambre ordonna le renvoi au ministre des travaux publics.
3. M. Escande-Voltan a envoyé (21 août 1884) une adresse au conseil général de l'Ariège, sollicitant l'adhésion officielle de nos représentants en faveur de L'avant-projet du canal des Deux-Mers, suivant parallèlement les Pyrénées, dressé parla Société d'études des travaux pyrénéens. 11 s'agit de l'union maritime de l'Océan avec la Méditerranée. Une voie de navigation internationale ferait passer par l'Ariège et les pays voisins tout le transit de l'Orient, en annihilant Gibraltar. .M. Escande-Voltan n'oublie pas le côté
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ciste il aurait fait, s'il avait continué de donner son temps, son activité d'intelligence et sa plume au journalisme .Nous aurions eu peut-être en lui un de ces journalistes à grande allure, tempéré dans ses thèses, coloré et chaud d'imagination dans la forme. Nous croyons qu'il aurait donné à la presse départementale un sérieux concours.
M. Escande-Voltan montre de ces ténacités fidèles qui semblent l'accompagnement nécessaire du journalisme moderne, devant protéger et défendre tout l'entourage d'un journal, hommes et choses, ligne politique adoptée et rédacteurs chargés chaque jour de la soutenir parleurs articles de presse. Lorsque M. Paul Bert fut chargé d'une mission au Tonkin, en qualité de résident général, cette mission, diversement appréciée, ne semblait pas répondre à des nécessités coloniales. Aussitôt M. Escande-Voltan de prendre la plume, et de féliciter « cet homme de science et de politique, de libre pensée et d'administration », d'avoir accepté ce qu'il appelle l'apostolat de l'organisation del'Indo-Chine'.
Telles sont les réflexions qui nous furent inspirées par la rapide apparition de M. Escande-Voltan dans le journalisme, et par sa retraite. Mais notre valeureux écrivain était destiné à reparaître sur la brèche ; et, dès la fin de
stratégique, de ce projet grandiose. Hiquct pensa au commerce el à l'industrie; le canal maritime resserré entre les Pyrénées serait un abri inexpugnable pour notre marine. Elle pourrait dans les vingt-quatre heures s'élancer, soit dans l'Océan, soit dans la Méditerranée, selon les besoins de la stratégie.
Le conseil général de l'Ariège, à l'unanimité, émil le vœu que cet avantprojet lut soumis aux enquêtes.
.M. Escande-Voltan a adressé aussi aux Chambres, sous l'orme de pétition, un projel deloi sur les préfets militaires, représentants de la nation, qui seraient délégués, en temps de guerre, auprès de chaque général rouimandant une division. (Communication adressée au Petit Républicaih de
Toulouse, I
1. Voir le Petit Républicain de Toulouse du 18 ou 11) janvier 1880.
l'AVENIR DE L'UNION ARIÉGEOISE. 66i
février 1886, il passait à la tête du journal C Avenir de rAriêye, donl il a transformé le titre en Y Avenir de l'Union ariégeoise. Il a voulu que cetle feuille fût, pour le parti républicain, un organe représentant la concentration de toutes les forces démocratiques, et il y a répété la formule de sa foi philosophique et de son mysticisme humanitaire. Le publiciste de Rieux appartient à ce parti éclectique « qui entoure de sa vénération tous ceux dont le cœur chérit les enfants des hommes, depuis le divin Nazaréen mort sur le Golgotha, en nous léguant sa lumineuse maxime : « Aimezvous les uns les autres », jusqu'à l'héroïque Millière, qui tomba innocent sous les balles idiotes, les yeux pleins de pitié, en lançant à l'univers étonné, du haut des marches du Panthéon, le cri de l'avenir : « Yive l'humanité ! »
On peut repousser, et à bon droit, plus d'une des opinions du publiciste de Rieux, on ne lui contestera pas une imagination ingénieuse et inventive, un esprit fertile et flexible, enfin une grande puissance d'assimilation intellectuelle, car il est bientôt prêt pour les questions si variées que le journalisme quotidien fait éclore. De même qu'il n'entend recevoir de personne des opinions toutes faites, de même aussi il n'a garde de vouloir imposer aux autres ses propres opinions. Sitôt sa profession de foi faite, le rédacteur de Y Avenir de r Union ariégeoise saisit parles cheveux, pour ainsi dire, la question de Y enseignement national, le 3 mars 1886. Son article est sensé : « Le salut et l'avenir de la France dépendent de l'instruction et de lamoralisation de ses enfants. » Cela est facile à concéder. On concédera moins aisément qu'il y ait sécurité entière dans quelques-unes des nouveautés des modernes expérimentateurs, qui font leurs essais sur les jeunes écoliers. En rappelant que MM. de Lamennais1