TRAVAUX DE M. PAUL BORDES
On a demandé quelquefois si les écrivains du journalisme pouvaient toujours répondre de s'être préparés à leur mission par des études et un noviciat sérieux, s'ils avaient pâli sur les problèmes sociaux, sur l'histoire de la politique et des États, avant de s'attribuer le rôle de conseillers du peuple. On doit admettre que souvent l'on entre dans le journalisme, non par vocation, mais par circonstance. Qui donc n'est pas un peu journaliste aujourd'hui? disait un député. Lorsque M. Paul Bordes fut appelé à diriger ïAriégeois, il n'y apporta point une plume novice, il n'y vint pas sans bagage scientifique, et l'on peut affirmer que, s'il n'a été journaliste que par occasion, il avait l'étoffe et les talents d'un journaliste de métier. Il est auteur de plusieurs travaux dont voici la nomenclature :
1° De l'influence du chant choral dans les campagnes, travail qui est imprimé. — 2° Du rôle de la femme en agriculture, sujet donné au concours par la Société d'agriculture, sciences et arts de Montauban. Le manuscrit de
M. Bordes lui valut le 1er prix, une médaille d'or. — 3° Etude historique sur les premiers habitants du pays de Foix, travail qui mérita un premier prix avec couronne de laurier en argent, accordé par la Société archéologique de Béziers. — 4° Notice archéologique sur le pays de Foix ; une mention honorable fut accordée par la Société archéologique du Midi de la France. — S0 Étude historique sur la période romaine dans les Pyrénées centrales, manuscrit adressé à l'Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris, pour le concours de 18G7, sur les antiquités de la France.
D'après les bons et judicieux articles que nous avons lus de M. Bordes, nous pensons que cet Ariégeois doit être
rangé parmi les écrivains du département le plus en vi. 43
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mesure peut-être d'élever la presse départementale à la hauteur de la presse parisienne. Il écrivait, sur la politique, sur la littérature, l'histoire et l'art, des pages nourries, approfondies, dans cette forme noble et modérée qui est de tous les temps. S'acharnait-il après les mots heureux, les traits brillants, les aperçus ingénieux? A quoi bon? Il a montré une allure calme, majestueuse, le ton bienveillant d'un Arthur de La Guéronnière ; et ses articles, — quoique Tchen-Ki-Tong assure qu'on ne lit jamais en France les articles sérieux, même bien faits, — ses articles avaient le secret d'intéresser. Ils instruisaient en même temps qu'ils plaisaient. Son action n'était pas celle que le chef des naturalistes attribue à la pensée écrite, qui serait, croit-il, de bouleverser le monde, de hâter les siècles. Contribuer à éclairer ses lecteurs, voilà quelle influence exerçait l'écrivain de Foix. On est bien plus apte à servir l'humanité, quand on a derrière soi de bonnes années d'études, de recherches et d'acquisitions scientifiques.
Nous ne répondons pas que sous le rapport philosophicoreligieux, il n'y ait quelque analogie de tempérament intellectuel entre M. Paul Bordes et Henri-Frédéric Amiel, dont on publiait en ces derniers temps l'œuvre posthume , Fragments d'un journal intime. Ils nous paraissent deux contemplatifs en philosophie, indépendamment de cette nuance capitale, que M. Paul Bordes a conclu ses explorations méditatives par l'affirmation de ses ancêtres, par l'affirmation chrétienne, tandis que Frédéric Amiel n'a pas conclu dans son culte pour l'absolu et l'infini... « Mon âme balance, disait-il, entre deux, quatre, six conceptions générales et antinomiques. » Nous croyons que M. Bordes n'en est pas à sentir « se heurter dans sa conscience toutes les doctrines opposées : stoïcisme, quiétisme, bouddhisme, christianisme ». Tout en admettant qu'il est de l'essence de