M. P. BORDES ET H. FRÉDÉRIC AMIEL
riiomme de participer à l'être universel, à l'universalité des choses, de communiquer avec l'absolu, tout en voyant que l'esprit peut faire en soi l'expérience de l'infini; que « dans l'individu humain se dégage parfois l'étincelle divine qui lui fait entrevoir l'existence de l'être source, de l'être principe dans lequel tout repose comme une série dans sa formule génératrice », le publiciste de Foix n'a pas donné au développement de son idée religieuse un caractère vague, purement idéaliste; il ne s'est pas borné au spectacle de l'univers, il a trouvé, dans l'histoire du christianisme, le complément de sa synthèse pour sa foi.
Mais passons à un autre journaliste qui est loin d'apporter dans le domaine théologique, les tendances purement contemplatives. Heureux si, avec ses qualités, il ne tombe pas dans le pessimisme ni dans la négation du dogmatisme religieux !
XV. — M. Philippe Bedel est né à Rabat1. Il envoie des articles à Y Avenir de CAriège sur la question religieuse, sur la politique, sur la démocratie, sur la manière de voter dans les élections. Profondément attaché aux institutions républicaines, il se complaît dans un certain parallélisme: « L'amour de la science orne l'esprit, et l'amour de la république ennoblit le cœur ». La libre pensée n'a pas de serviteur plus dévoué. Il triomphe de voir que depuis quelques années on a laïcisé beaucoup d'écoles, qu'on a mis entre les mains des enfants ce des ouvrages [soi-disant] propres à allumer dans leurs jeunes intelligences les flambeaux delà science », « qu'on a enfin prohibé dans l'enseignement l'histoire sainte et le catéchisme, enseignement, selon lui,
1. Caporal à la 20e section, secrétaire de l'état-major, porte de la Cha pelle, à Paris. (Annuaire de la Société amicale des Aviégeois, page 16.)
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à la fois inutile et dérisoire, qui obscurcissait l'esprit et engendrait la superstition » . Cela ne suffit pas à son rôle anticlérical, et il trouve presque froides les ardeurs du Kulturkampf.
Jl nous est impossible de deviner l'ampleur d'érudition de M. Philippe Bedel, ni le nombre d'années qu'il a employées à approfondir les vastes et complexes questions religieuses. D'après ses articles, il n'est pas tendre pour le christianisme ; le catéchisme, sur lequel le grand philosophe libre penseur Jouffro.y a écrit des pages si remarquables, si approbatives, déplaît souverainement à M. Bedel, et il le dit dans ses articles avec une franchise ariégeoise. Du reste, le journalisme n'exige pas, dans ses lignes éphémères et transitoires, trop de bagage scientifique. Les jeunes gens y peuvent écrire, même avant d'avoir eu matériellement le temps que réclameraient les lectures, les études sérieuses et patientes. Peut-être M. Bedel est-il d'un âge, lui permettant d'avoir beaucoup pensé, interrogé, comparé ; peut-être non ; ce qui est sûr, c'est que la fibre de l'enthousiasme démocratique vibre puissamment en lui. 11 a de ces formes de langage, de ces élans méridionaux qui tournent facilement à la prosopopée, aux réminiscences cicéroniennes, et confinent au genre déclamatoire. Ainsi, craignant que les jeunes gens et les demoiselles n'échappent pas assez tôt à la domination des instituteurs et des institutrices catholiques, il s'écrie : « 0 Rabat, ma patrie! quand donc ouvriras-tu tes portes au progrès? quand reconnaîtras-tu les beautés de la république? quand briseras-tu ce joug réactionnaire-clérical qui te tient enchaîné depuis si longtemps? Paysans, mes 'chers compatriotes, il faut que vous soyez bien endurcis, il faut que vous soyez complètement aveugles, pour ne pas apercevoir du haut de vos montagnes les rayons éblouis-
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sants de la liberté qui éclaire la France entière. Souvenez-vous de Lakanal, cet apôtre de la libre pensée '... »
Si la question religieuse ne se trouvait pas au fond de toutes les controverses de la période que nous traversons, si le mot : Le cléricalisme, voilà l" ennemi n'avait pas été un signal pour attaquer Le christianisme, le Christ et Dieu, on se demanderait par quelles sollicitations M. Bedel a voulu raviver les discussions théologiques dans l'Ariège2. Un ministre suédois disait : «Le temps présent ressemble à un mathématicien qui réduit peu à peu les deux termes d'une équation », c'est-à-dire que les partis intermédiaires s'effacent ou se scindent; M. Bedel ne montre-t-il pas qu'il n'y a plus place que pour les situations accentuées? Ou être chrétien ou ne plus croire à rien. Tout rejeter, tout recommencer ou proclamer la vérité tout entière. De la sorte, le monde moderne ne contiendrait que des francs chrétiens ou des libres penseurs.
On ne voit pas trop, de prime abord, pourquoi M. Philippe Bedel, prenant la plume dans un journal, va précisément s'attacher, dans l'ensemble de l'apologétique chrétienne, au fait de la résurrection de Jésus-Christ. Que M. Renan, après avoir écrit la Vie de Jésus au point de vue rationaliste, traite ensuite, dans son volume des Apôtres, le fait de la résurrection, cela se conçoit; ce sujet se trouve naturellement, chronologiquement dans la série logique et historique des nombreuses questions qu'il a suivies une à une et avec ordre. Mais, si nous ne nous trompons, l'article Résurrection, paru dans Y Avenir de l'Ariège (août