‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 429 sur 498 · M. MAISSE · texte numérisé non relu

M. MAISSE

d'écrire d'une manière sommaire que« le fanatisme triomphant écrasait autrefois la raison humaine 1 », et de faire deux parts, le christianisme ou la superstition, la libre pensée ou l'exemption de superstition et de préjugés. Toutefois, de considérables parties de l'humanité ne pourront goûter ces classifications entre la superstition et la nonsuperstition ; elles ne seraient pas aussi faciles à justifier que le suppose l'admirateur ariégeois de Giordano Bruno.

XYI. — M. Maisse, sous-intendant militaire en retraite, est un ferme et vaillant démocrate, dont les lecteurs de la Démocratie ont pu lire quelques articles trop rares, au dire de plus d'un journal, mais tous dictés par une foi politique inflexible et une incorruptibilité de principes remarquable. C'est un radical sincère, qui médite l'absolu dans les loisirs de sa retraite, et ne songe guère à devenir consul de la République2.

Si M. Maisse écrit rarement, il se dédommage par la portée significative de ses communications aux journaux. Il ne ménage point l'expression de ses mécontentements et de ses mécomptes aux sénateurs et aux députés, quand il trouve un écart entre leurs votes dans les Chambres légis- ^tives et leurs promesses devant leurs électeurs. « 11 me semble, leur dit-il, que vous faites une confusion regrettable, oubliant que le suffrage universel n'est pas le suffrage restreint. » Esclave idolâtre du nombre, il rappelle

1. Article de M. Philippe Bedel dans Y Avenir de fAnège du 4 janvier

2. Mot plaisant que l'on attribue à Joly, nommé député de l'Ariège, après 1830. « Pourquoi vous êtes-vous fait destituer des fonctions de procureur général? lui demandait-on. Que désirez- vous de plus que ces hautes fonctions ? — Je veux être consul. — Consul de quoi ? — De la République. »

Il le devint, en quelque sorte, plus tard, à Toulouse, en 1848. (Emile Darnaud, dans la Démocratie de l 'Ariège.)

682 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. X.

à tous que tous a nous vivons sous la loi du nombre ' » . On peut deviner que M. Maisse est porté par son caractère et par ses vives convictions à veiller autour de l'arche sainte, avec un pieux ombrage. Lié avec Raoul Lafagette par l'identité de foi républicaine, il nous apprend, par sa correspondance, les étapes de Lafagette dans le journalisme2,

1. Lettre à MM. Frézoul et Vigarosy, datée de Foix, 3 mai 1885.

2. Voici quelques détails que nous tirons d'une confidence faite en 1883 par M. R. Lafagette à M. Maisse.

« Mon père, ami de Fourrier et de Considérant, et leur collaborateur dans la Démocratie pacifique, m'avait, dès l'enfance, inspiré l'amour du peuple, — c'est M. Raoul Lafagette qui parle, — et avait ouvert mon âme aux notions de justice et de liberté.

« Venu de très bonne heure à Paris, j'y entrai vite en relation avec les plus vaillants apôtres du droit révolutionnaire. — En 1868, grâce à la recommandation de George Sand et â l'appui d'Eugène Pelletan, je publiai un premier volume, Chants d'un Montagnard, qui me valut les applaudissements de Victor Hugo, Michelet, Louis Blanc, etc., et un très chaleureux article de Gustave Flourens qui, à partir de ce moment, devint mon meilleur ami. Je me ruai à ses côtés dans la politique militante et fis partie de la phalange qui, du haut des tribunes populaires, attaqua le basempire et hâta sa chute. Quand éclata la guerre allemande, j'écrivis à Garibaldi pour lui offrir mes services. Le général était captif â Caprera. 11 me répondit ces simples mots :

« Mon cher Lafagette, « Si je puis m'échapper de ma prison, je serai avec vous.

« Votre dévoué,

« G. Garîbaldf. »

« Cette lettre ne parvint â sa destination qu'avec un long retard, de sorte que je dus me décider â venir m'enfermer dans Paris, la veille même de l'investissement. Je m'y fis incorporer dans la garde nationale et m'acquittai du service militaire jusqu'au jour où, tombé malade, et mes forces épuisées, j'en fus réduit â demander un petit emploi au citoyen Clemenceau, alors maire du dix-huitième arrondissement. J'ai pu ainsi gagner ma vie pendant les deux derniers mois du siège, car les lettres dans lesquelles ma mère m'avait envoyé de l'argent â plusieurs reprises, ne m'étaient pas parvenues, et je restai plusieurs mois sans nouvelles de ma famille.

«J'ai, pendant le siège de Paris, collaboré au journal de Blanqui, La Patrie en fiange>\ Dans les divers articles que j'y ai publiés, je demande la levée en niasse et la guerre â outrance.

« Après la guerre, quand Louis Blanc fonda l'Homme libre, il m'appela à lui, et j'ai collaboré à cette feuille jusqu'au jour où elle cessa de paraître.

Page 1