M. ETIENNE GALY, DE SEIX
« M. Etienne Galy est un de nos compatriotes, originaire de Seix. Au mois de mars 1883, M. Pascal Duprat, qui avait eu l'occasion d'apprécier sa nature généreuse, son caractère solide et la parfaite culture de son esprit, l'attacha à sa personne, à titre de secrétaire particulier, dans sa haute fonction de ministre plénipotentiaire de France auprès du gouvernement de la république du Chili.
« Nous avons connu à Paris M. Etienne Galy. C'est un beau jeune homme brun, fort distingué de sa personne, loyal , franc , le cœur ouvert à tous les nobles sentiments, orné de tous les dons supérieurs voilés par une modestie et une réserve du meilleur ton. Nous avons eu avec lui des relations qui nous permettent de le compter au nombre de ces jeunes gens laborieux, braves, ardents, convaincus, formant l'avant- garde de la phalange républicaine de l'Ariège qui lutte pour la défense de la politique de principes, que nous nous efforçons de faire prévaloir dans notre journal. ' »
II. — Il nous faut, sur tous les points du globe, des hommes d'étude, des observateurs, qui sachent maintenir au besoin, comme nos Ariégeois, le prestige européen visà-vis des nations étrangères.
J'ai vu les grands chefs chinois de Batavia, plusieurs fois millionnaires, dit un géographe couseranais, s'arrêter dans les antichambres du palais, aux réceptions du gouverneur général, sans oser jamais franchir le seuil des salons ouverts aux plus modestes fonctionnaires et officiers européens.
J'ai vu de petits commerçants sans fortune, de nationalités diverses, Hollandais, Anglais, Allemands, refuser d'énormes capitaux chinois pour ne pas compromettre leur dignité d'hommes blancs dans une association avec les jaunes, qui les eût mis, d'ailleurs, au ban de la colonie européenne.
Est-ce que le sentiment que j'appellerai le patriotisme de race n'est pas plus justifié et ne doit pas être plus profond que le sentiment de nationalité ? Et n'e>t-il pas du plus grand intérêt de notre race de maintenir visà-vis de la Chine ce prestige européen, auquel les Anglais ont plus d'intérêt que tous autres:'
1. Notice de M. Amiol dans Y Avenir de lAriège du 11 octobre 1883.
694 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin) , CHAP. XI.
Si l'on avait le sentiment de solidarité dont je viens de parler, aucun gouvernement, aucun homme d'Etal européenne recevrait les ambassadeurs jaunes, tant qu'ils se donnent une attitude hostile ou menaçante à L'ègafd d'une grande nation européenne1 .
J)u reste, le journal la Colonie française, dirigé à Yalparaiso par notre jeune el vaillant compatriote, secrétaire particulier, nous l'avons dit, du ministre de France au Chili, nous apportait une bonne nouvelle, au compte de l'esprit philanthropique et charitable des Ariégeois. Notre publiciste, ne s'inspirant que de ses sentiments d'humanité, de patriotisme et de solidarité confraternelle, ouvrit au Chili, par la voie de son journal, une souscription en faveur des familles des victimes du choléra en France (1884). Son chaleureux appel, nous dit M. Amiel dans Y Avenir, a été entendu et le montant des sommes recueillies s'élève à plus de 10,000 francs, sur lesquels, au moment où il écrivait, on avait déjà prélevé et envoyé 3,270 francs ; de nouveaux envois étaient annoncés.
Les divers documents insérés dans les numéros de la Colonie française des 27 septembre, 4, M, et 18 octobre, que nous avons sous les yeux, témoignent de l'enthousiasme avec lequel nos nationaux du Chili accueillirent l'appel qui leur était fait en vue de venir en aide aux familles atteintes parle fléau dans la mère patrie. Yoici en quels accents M. Galy célèbre , dans son numéro du 27 septembre, le succès de son œuvre :
La générosité traditionnelle des Français du Chili vient de se manifester sous ses formes les plus grandioses et les plus touchantes. Aussitôt que nous avons su que la mère patrie avait des ruines à relever, des larmes à sécher, des blessures à panser, un appel a été l'ait à nos compatriotes pour leur rappeler le cortège de deuil que le choléra laissait sur son passage ; aussitôt un comité a été formé et des adhésions éloquentes dans leur laconisme nous sont arrivées de toutes parts. Admirable et consolante chose que le spectacle de cette charité militante, inépuisable, et qu'aucun contretemps, aucun mécompte ne saurait lasser ni décourager !
]. .M. d." Saint-Pol Lias, dans V Écho pyrénéen du 14 septembre 1884.