M. ELIE MONTAGNE
prendre garde à cette influence éducatrice des esprits et des cœurs; les aberrations, les excentricités sociales, le développement de certains fléaux, de l'alcoolisme, par exemple , qui n'épargne pas des démocraties instruites et morales, comme la Suisse, et qui faisait dire à un personnage de Murger : « Personne ne vous offre jamais à manger, tout le monde vous offre à boire », etc., etc. quelles immensités ! Et cependant on nous assure que M. Julien Dumas a déjà abordé plusieurs de ces graves sujets d'étude, et sait parfaitement à quoi s'en tenir. Et n'est-ce point dans ce domaine que notre jeune publiciste porte de préférence ses méditations ? On a dit de certains critiques d'une époque qu'ils avaient tout du critique, excepté le judicieux. Nous dirons de M. Julien Dumas que, quoique jeune, il a tout de la jeunesse : entrain, générosité, excepté cette faiblesse d'un jugement qui n'est pas encore formé. Si d'autres s'ingénient et se mettent en quatre pour n'avoir pas un avis franc, M. Julien Dumas s'est révélé tout autre dans ses conférences d'Ariège. Il ne cherche pas à étonner son auditoire par des choses étranges, il préfère le saisir par des choses justes. Lorsqu'il parle, il veut avoir longuement préparé son sujet.
IX. — Mais peut-être parmi les journalistes vivants n'en est-il aucun qui, en Ariège, à l'heure présente, réalise le type et la profession de publiciste aussi complètement que M. Élie Montagne* , de Foix, rédacteur en chef du Petit Républicain de Toulouse et du Sud- Ouest de la France. Il s'est consacré au journal, il vit pour le journal, il s'y livre toute l'année et il recommence l'année suivante. Il donne
1. M. Montagne, qui écrit dans les journaux de Toulouse, a conquis une certaine renommée dans le Midi; il débuta dans le Vélocipède, où « il fit pétiller, dit M. Emile Darnaud, les premières étincelles de son esprit ».
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son temps, ses labeurs, son ardeur, son esprit de prosélytisme. Quant au genre et à la manière qui distinguent le rédacteur du Petit Républicain, Paul-Louis Courier doit être considéré comme son parrain plutôt qu'Armand Carrel. Ainsi, on le voit toujours traiter la politique, les affaires publiques, avec un grain de satire, ou tout au moins avec gaieté et avec une verve inimitable. Le personnel politique, les lois que votent les Chambres, lois civiles ou militaires, les événements qui se produisent et où se mêlent les intérêts de la France, M. Élie Montagne discute tout, est appelé à se prononcer sur tout ; mais il a tant d'esprit qu'il ne peut écrire sans en mettre partout. Il lui faut des effets anecdotiques, même quand il déroule l'iliade des batailles parlementaires , ou les petites querelles des conseils municipaux de province.
On ne peut nier que, dans son genre, M. Elie Montagne ne soit un des journalistes brillants et remarquables de notre époque. Plein de liberté et d'indépendance, il n'échappe pas plus que d'autres aux préjugés et aux utopies. Toutefois, il a un tour d'esprit original; dans tout ce qu'il a écrit, on retrouve sa main, son empreinte individuelle, et, malgré ses préjugés, un inévitable bon sens allié à la gaieté.
Sa note de journaliste, c'est la forme légère, svelte, déliée, sarcastique. Il n'aligne pas de longues et pesantes dissertations, il n'écrit pas beaucoup d'articles de fond ; mais combien ses courts paragraphes ont du sens et du sel ! combien son style est coulant ! Notre enfant terrible a de la grâce, et il est très parisien. Nous avons étudié cet écrivain ariégeois, en suivant attentivement son évolution pendant deux années, et il nous est invariablement apparu comme nous venons de le dire. Son programme est de suivre les aspirations de la fraction modérée des