BRILLANTES QUALITÉS DU JOURNALISTE
républicains. Adorateur de Gambetta, il se tient entre deux intransigeances, et nous croyons trouver des analogies entre ses doctrines politiques et celles de M. Ribot, ce haut esprit.
En ce qui concerne la question de métier, M. Elie Montagne avait vraiment la vocation de journaliste, et on devait la pressentir dans ses années d'adolescence passées à Foix. Quelle facilité de plume! quelle fertilité d'imagination ! Nous ne voyons pas, à Paris, qui Je surpasse. Jamais pris au dépourvu, il est toujours prêt à dire son mot sur les affaires publiques, sur les choses et les hommes politiques, pendant les trois cent soixante-cinq jours de l'année, mais un mot à sa façon. Donnez-lui la moindre circonstance, moins que rien, le néant, si vous voulez !, vous ne le trouverez point en défaut, il apportera immédiatement un article semé d'esprit. Paris agit et envoie chaque jour, aux quatre coins du monde, le récit de ses actes quotidiens, M. Montagne s'explique chaque jour sur les affaires de Paris. M. Montagne a sa résidence à Toulouse ; pas d'événements à Toulouse, en Haute-Garonne, sur lesquels il ne dise son impression. M. Montagne a un pied dans l'Ariège, son pays natal, il y a son cœur aussi ; rien ne se passe en Ariège qui le trouve muet et silencieux. Il prend intérêt aux questions politiques, électorales, industrielles, commerciales, etc., du département.
X. — A côté de la facilité brillante dont la plume de M. Montagne est douée, il faut mentionner le don d'universalité. Il n'est pas aisé pour tout le monde de parler,
1. Priez-le, par exemple, d'écrire un article, à propos de Y arrivée d'un préfet (M. Montagne a eu l'occasion de faire un paragraphe sur ce mince sujet); il vous étonnera par ce qu'il trouvera de charmant ou de piquant
à (Jire.
TU) r/ARlÈGE, IVe PARTIR (suite êl fin), CHAP. XI.
avec sen8 et compétence, sur des matières opposées les unes aux autres, de s'expliquer tour à tour sur la politique, 1rs lettres, la philosophie, les discussions des intérêts municipaux, la morale sociale, la critique musicale, l'économie politique, les chemins vicinaux, l'achèvement du Capitole, la critique des théâtres. Qu'on parcoure la collection du Petit Républicain de Toulouse et du Midi, on aura cette surprise. J'ai lu l'article intitulé Dans le monde officiel; le 1er de fan 1886, on ne peut retenir son rire dans les trois stations qu'il nous fait faire chez le recteur d'académie, chez le préfet et chez le cardinal. Dans l'article Victor Hugo et Léon Gambetta, on s'aperçoit que le journaliste, par système, tient à être bref, sachant que le lecteur moderne ne peut lire longtemps. Peut-être encore, par nature, n'aime-t-il point à trop creuser les sujets. Ses articles très nombreux, intitulés Petite Chronique locale, sont pétillants d'esprit, d'humour, infiniment amusants. On s'égaye au seul énoncé de ses courts paragraphes : Sus à la routine;— Comptes fantastiques ; — Tous austères; — Basilics majeurs et Serpents de paroisse ; — Une enquête, s'il vous plaît; — La Concentration pour de bon; — Le Pont de Sisyphe (où les actes de la municipalité sont critiqués avec malice) ; — Arcades ambo, épilogue à deux personnages, écrit en vers, où probablement le publiciste a en vue quelques points de l'administration toulousaine; — Hier, aujourd'hui, demain, qui est une manière charmante d'annoncer qu'il suivra dans le Petit Républicain la ligne précédemment inaugurée ; — Castelbou porte, petite satire amusante, mêlée de vers badins ; — L'alchimiste du XIXe siècle, où l'écrivain rappelle que, tous les hommes étant égaux devant la loi, toutes les femmes seront égales devant le diamant; — Théâtre du Capitole, théâtre des Variétés, représentation d'adieu de madame Viguier, où l'esprit ariégeois