PHYSIONOMIE DU PUBLIC1STE
geois, telle cette vie pleine d'unité. M. Amiel a voulu, dans ces derniers temps, fonder la Ligue révisionniste de l'Ariège. Il a certainement la foi, l'enthousiasme. A-t-îl les movens suffisants d'action pour remuer les masses populaires? Nous l'ignorons. Au demeurant., M. Amiel est une honnête ligure politique et un homme estimé.
Nous tenons à mettre en relief une des qualités de ce compatriote qui a donné un viril exemple. Tout le monde sait que J.-B. Amiel a consacré sa vie au triomphe de la démocratie ; que c'est l'indignation devant les événements de son temps qui le fît publiciste. Plusieurs savent aussi que le vieux lutteur politique cache un ingénieur de mérite. Ce n'est point assez ; ce rude et dévoué citoyen est un tenace travailleur. Écoutons un confident de sa vie privée :
« Je l'ai surpris levé avant l'aube et, le soir, après toute une journée passée dans les chiffres et les logarithmes, je le retrouvais encore absorbé par ses plans, profils et devis, à une heure où tout le monde reposait depuis longtemps déjà, dans la maison où un heureux hasard nous réunit quelques jours... et comme je lui manifestais mon étonnement mêlé de respectueux reproches , par intérêt pour sa santé, il me répondit en riant que, depuis son adolescence, il avait pour règle de travailler quatorze heures par jour.
« Ainsi s'expliquent ces rides glorieuses et précoces dont l'habitude des fortes pensées et du travail assidu ont quadrillé son visage, sans en altérer, toutefois, l'expression gracieuse et bienveillante, reflet de la sérénité de son âme.
« Cette sérénité, il sut la conserver dans la bonne comme dans la mauvaise fortune; ballotté par des destins contraires, il opposa aux coups du sort l'impassibilité que donne la conscience du devoir accompli. Confiant dans la mysté-
I/ARIKGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. XI.
rieuse et éternelle sanction qui se fait quelquefois attendre, mais qui, tôt ou tard, vient inévitablement pondérer les actions humaines, il ne désespéra jamais... et c'est avec le stoïcisme du sage qu'il supporta les écœurements de l'apostolat politique, aussi bien que les désappointements de la
vie industrielle. »
XV.— Quant à l'écrivain, il sert l'intransigeance de l'idée avec une franchise simple et je ne sais quelle naïveté de langage. C'est dire queM. Amiel est radical, absolu, en politique. Son programme est connu. 11 trouve antirépublicaine la politique de nos ministres ; il veut la réforme de notre centralisation administrative, la révision de la constitution, la suppression du Sénat, de la présidence de la république, du budget des cultes, la séparation de l'Église et de l'État, la suppression de l'inamovibilité des juges, des sous-préfectures, des fonctions inutiles dans les ministères, dans les administrations; il réclame l'autonomie communale, le divorce, le service militaire obligatoire pour tous; il repousse le cumul chez les sénateurs, députés, fonctionnaires ; il demande qu'on touche aux gros traitements, aux grosses pensions, et se montre partisan de la laïcisation à
outrance.
En d'autres termes, c'est un esprit dominé par l'absolu; et c'est pourquoi, plein d'une naïve franchise, il marche, dans sa conviction droit à son but. L'illustre de Serre disait de son temps à l'Opposition : « Je vous ai vus, je vous ai pénétrés, je vous ai démasqués ». Ainsi procède ,).-B. Amiel avec ses adversaires, sans détours et sans artifice de rhétorique. Opportunisme, cléricalisme, moyennes mesures, il enveloppe tout dans un égal anathème.
On ne saurait discuter ici une à une les opinions du publiciste tarasconnais, surtout quand il n'est demandé à