DOMINÉ PAR L'ABSOLU
l'historien que d'en faire mention. Mais quelque élevée que soit la température des idées de M. Armel, quelque audace qu'on remarque dans quelques-unes de ses solutions, qui ne s'imposent à personne, — car il est rare qu'on convertisse quelqu'un par le journalisme, — nul ne manquera d'être frappé par l'accent sincère du rédacteur de Y Avenir, nul ne disconviendra que notre publiciste ne soit un homme à convictions chaudes. Il a le ton et les airs fiers que donne la sincérité. 11 dit par exemple : «Je vois que le peuple sera toujours trompé, s'il persiste à nommer, pour le représenter au parlement, aux assemblées départementales et dans les conseils des communes, des hommes qui n'ont ni la foi républicaine, ni le culte de la justice, et dont les principes finissent là où commencent leurs intérêts. » 11 dit encore : «Nous ne voulons accorder nos suffrages qu'aux hommes chevronnés par un passé consacré tout entier au service des idées républicaines les plus radicales. C'est le seul moyen qui nous reste de sauver la république. »
En philosophie, en religion, en économie politique, en industrie, ce brillant esprit est partout comme en politique, ne tenant aucun compte du passé, mais sincère, droit, exclusif, absolu, demandant une refonte intégrale des choses et des institutions. Aussi, lorsque pour le Sénat qu'il veut supprimer à toute force, on lui dit : « En attendant que nous ayons une Chambre unique, nommons de bons sénateurs », il réplique aussitôt : « C'est une plaisanterie ! On n'aura une Chambre unique que lorsqu'on se refusera à nommer des sénateurs. »
On assure que nous transportons chacun dans notre vie sociale, intellectuelle, dans notre procédé logique, dialectique, notre manière d'être physiologiquement. Le général Foy étant malade du cœur, son éloquence en por-
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tait l'indice ; Casimir Perler était malade du foie ; aussi l'on sentait dans ce grand parlementaire les brusqueries aigres, incisives de la mauvaise humeur. M. Armel seraitil, par constitution cérébrale, un mélange d'exaltation philosophique et de ténacité? Il est vrai que, dans l'ardeur des polémiques et pour préserver par son ombrageux amour sa république égalitaire, M. Amiel voudrait se donner un petit air de Danlon. On sent néanmoins qu'il restera toujours agneau, parce qu'il est honnête homme et qu'il a soif de la justice. Mais ce n'est pas à nous à l'arracher à son antipathie fixe contre « l'opportunisme, qui ravage les consciences et éteint dans les esprits le foyer des idées1. » Ce n'est pas à nous à entreprendre une réfutation complète et directe de ses opinions exaltées, de ses exclusivismes farouches, pas plus que nous ne le détournerons de La franchise, qui est — il l'a dit lui-même — plus qu'une force.
XVI. — Deux circonstances sont à signaler, au point de vue artistique. On pourrait trouver J.-B. Amiel pathétique, digne et grand, en deux moments, à force de simplicité, d'ingénuité sincère et forte. C'est d'abord quand il raconte2 son expulsion de Jersey avec d'autres proscrits, en 1855. La police de Palmerston ayant chassé de l'île Ribeyrolles le rédacteur en chef de l'Homme, le romancier Pianciani, et Thomas, le prisonnier du Mont-Saint-Michel, Victor ITugo rédigea une protestation ou déclaration au sujet de ce renvoi, « coup d'État qui venait, disait-il, de faire son entrée dans les libertés anglaises, que l'avenir qualifiera »; expulsion, ajouta-t-il, « simple parure de plus à l'exil, un
1. .M. Amiel, article Le Turf électoral, dans ['Avenir du 27 juin 1883. 1. Voir Une page de l'exil, dans l'Avenir de YAriège du 12 août lH$:i.